20 février 2009

Vendredi

12 février 2009

Jeudi

J'écoute un disque des années 80.

Les souvenirs. Les collages. Les photographies se superposent et je m'étonne que tout reste si vrai même après des années: les sensations, les images, si proches.

C'est moi ici, dans la rue, la longue rue, la seule rue que je connaisse par coeur, toute ma vie entière. Je trottine, cartable au dos, les doigts tachés d'encre - j'ai couru dans la cour de récré, j'ai chanté aussi, avec les autres, ces chansons qui n'auront de sens que plus loin dans le temps... Aujourd'hui.

Je garde les mains dans les poches, les numéros défilent, les vitrines, les nuages au ciel comme des moutons à l'envers, et l'entrée élégante aux glaces qui reflètent mon air de gamine à l'infini, l'escalier de service, la porte immense, toujours, et le bruit des pas de ma grand-mère...On ne revient pas en arrière et tout demeure suspendu, si proche de vous, et cependant intouchable désormais. La vie, le temps ont passé. Il reste des musiques, comme des machines à remonter le passé, long fil, sur lequel trottine une gamine, moi, ici, hier et aujourd'hui.

*

Repos après des semaines de tension au bureau.
Comme dit une autre chanson: vacances, j'oublie tout...

07 février 2009

Samedi



Le week end à Trouville. L'envie de retrouver la route et la mer, le ciel immense qui pèse sur l'horizon, le sable perlé de souvenirs sans importance. Trouville et ses petites filles modèles, un oncle et ses neveux dans la salon de thé... A quoi bon être ailleurs, dis, et chercher quoi, d'ailleurs?

On me demande ce qui me fait peur. La rage, je crois, toute la rage contenue à l'intérieur, qui remue et l'envie folle de la laisser sortir, enturbannée, pour changer tout, saccager et ravager la vie que je voulais mener et que je cherche encore par peur de la trouver.

L'hiver tombe, chagrin, les flocons tombent aussi, comme des confettis, et je ne marche pas, ou alors simplement en pensée, en regardant la rue rentrer dans le silence, la buée envahir les vitres et deviner que les volets se fermeront tôt ou tard.
J'écris. C'est une autre sorte de marche. Je cours après la concentration. J'enregistre des mots pour les prononcer plus tard.

Ecrire.
Cri.
Rire.
Et.
Toujours, souvent, entre ces deux états là.

Qu'as tu fait de ta jeunesse? Aspirée par une lame de vague...

J'entends un bruit dehors tôt ce matin. Il vient de la cour, toute petite cour. C'est un bruit de glace brisée. C'est quelqu'un qui jette une bouteille dans la poubelle. J'ignore si ces bouteilles là peuvent abriter des messages de détresse.
Dans la chambre c'est le silence. Même le silence fait du bruit si on l'écoute. Un bruit léger, aigu, comme une note unique qui ne se repose jamais. Le silence est infatigable.

J'ignore...

Un bavardage dans la rue.

Parler des fantômes ne les fait pas disparaître. Mais les secrets sont parfois moins lourds quand ils sont revélés. A la lumière ils deviennent parfois terriblement banals.

Angoisses du moment: étouffement et écrasement.

Souvenir.
La chambre d'hôtel à R. La nuit était tombée vite. Je m'étais endormie sans entendre partir ma famille. Je m'étais réveillée avec le soir. J'étais seule. J'étais très jeune. Je ne savais pas pourquoi ils n'étaient pas là. Leurs affaires traînaient partout. Je les ai attendu d'abord vaguement et puis à mesure que les heures passaient, que minuit arrivait, je sentais monter une certaine angoisse, une peur sourde. Je n'imaginais rien et je m'attendais à tout, en particulier au pire. La mer n'était pas loin, je l'entendais, et je pensais qu'elle les avait pris peut-être. Je me souviens de la pénombre dans la chambre. J'avais laissée allumée la lampe de chevet qui faisait une grosse tâche sur le plafond. Les rideaux étaient fermés. Les vêtement, leurs montres, les papiers de mon père, ressemblaient à des souvenirs encore réels. Je me souviens précisément de mon immobilité, de mon incapacité à faire quoi que ce soit, comme si faire c'était admettre qu'il leur était arrivé quelque chose. Je restais assise sur le lit, dos contre les coussins, la télévision et la radio de poche éteintes. Je ne sais pas combien de temps j'ai attendu. Ils sont rentrés avec l'aube. Leur voiture était tombée en panne. Je ne les ai pas détestés, j'étais trop heureuse de les revoir. Ils étaient différents, plus grands, plus vrais aussi.

J'ai en tête l'image floue d'un jeune homme qui s'appelle Bertrand Prouillan. C'est un personnage d'un roman de Yves Navarre dont le titre est Le jardin d'acclimatation.

04 janvier 2009

Dimanche

Aujourd'hui le froid prend les pieds comme du béton. Enfoncée dans un fauteuil puis dans un grand lit, je lis Thomas l'obscur de Blanchot. C'est une longue digression sauvage autour de la figure d'un homme qui nous demeure inconnu et dont on ne sait vraiment s'il est vivant ou mort. C'est très poétique, puissamment élégant, profondément ésotérique (doux mot pour dire que le lecteur s'y trouvera perdu avec délice) et indéchiffrable à bien des égards.
Une heureuse respiration.
Un ouvrage difficile et décourageant.
Une "perle noire".
Peut-être un miroir...

*

Je suis rentrée.
Tout ce temps a filé je ne sais comment.
Il reste des bribes de ces semaines inactives.
Demain...
Demain...c'est la reprise et comme chaque fois cette envie de faire autre chose, d'exercer un autre métier, par paresse et par anxiété, par goût du repli sur les seules choses qui vaillent la peine...

*

Quel froid!
Nous sommes en attente de printemps, du réveil de la nature assoupie, du ciel clair et bleu, des rayons de soleil qui éclaboussent les fenêtres et dégoulinent sur les tapis.

*

Face à l'écran c'est souvent le passé qui vient, un passé lointoin, imaginaire.
L'inspiration serait une hypnose et l'écriture une discrète échappée.
Chacun y verra ce qu'il voudra après tout.
Tout change et tout demeure au fond.

*

La grande fascination de l'entre-deux-guerres c'est le cerveau, l'esprit et son labyrinthe de pensées.
Un face à face qui aboutit à la folie ou au regret.
C'est aussi une crise aigüe de confiance dans la politique.
Le fracas de 14-18 s'entend encore et ébouillante les esprits réactionnaires.

*

...mais te voilà. Tu sens la crème de bébé. Tu te masses et tu dis: "cela fait du bien de ne plus avoir les pieds froids"...
La boucle est bouclée...