12 avril 2009

Dimanche

Sunbird and the girl who did not want to talk…

Les rayons de soleil glissent le long des feuilles de peupliers ; lumière blanche pâle et rassurante. Nous marchons. Chaque pas, me semble t-il, allège notre esprit de tout ce qu’il peut contenir d’habituelles tracasseries.

La route est droite, le goudron s’y écaille comme de la vieille peinture et cède parfois sous les pas des promeneurs. Nous croisons des marcheurs comme nous, des cavaliers, et des cyclistes pressés. C’est un dimanche tranquille et je me sens bien.

Ce pourrait être un autre temps. Hormis nos allures d'hommes et de femmes du 21è siècle, nous ressemblons, je crois, aux gens du siècle dernier qui comme nous marchaient le long de ces chemins forestiers, les yeux au ciel, saisis par les mêmes émotions simples, les mêmes curiosités. Cette proximité où le temps ne semble plus avoir de prise laisse libre court à toutes sortes de rêveries que ponctuent des chants sonores d'oiseaux invisibles.

Il est impossible dans ce lieu de ne pas se laisser aller à la contemplation silencieuse et d'observer toute une vie minuscule se dérouler sans sembler le moins du monde être affectée par notre présence lourde et passagère d'urbains en goguette. Nous laissons enfin (ou croyons laisser, ce qui nous rassure) un peu de place à la nature; sa place diraient certains, mais penser à cela -à de la politique- ne m'intéresse pas ici.

Au croisement de plusieurs chemins, près d'une clairière, nous tombons sur des grappes d'enfants qui ressemblent à de petits sauvages. C'est de la sauvagerie de théâtre cependant, qui ne fait pas de mal, qui est entièrement tournée en jeu. Les voilà -dix ou vingt- qui courent dans tous les sens (croit-on, mais ils sont bien plus organisés que cela), trébuchent, crient, hurlent pour certains d'entre eux et ignorent tout à fait la compagnie des adultes, livrés à eux mêmes qu'à Dieu ne plaise.
Une petite fille - huit ans sans doute, peut-être moins - ramasse avec précaution des morceaux de bois qu'elle entasse ensuite au pied d'une cabane de fortune. La cabane a été construite avec hâte - les enfants marquent très vite ce territoire de leur présence - en assemblant des branchages contre le tronc d'un arbre très grand. La petite fille reste penchée à son ouvrage pendant que les garçons dévalent une pente douce et entament une partie de foot. La nuit venue, j'imagine, tout reprendra sa place et la cabane inachevée fournira peut-être un abri à des chats errants.

Nous marchons plus avant, suivies de loin par des couples, par des solitaires aussi qui se parlent à eux-mêmes et regardent flotter l'air autour d'eux. La forêt, ce labyrinthe dompté par la main de l'homme, bruisse de conversations et de paroles qui forment un langage à part, un bavardage qui circule légèrement entre les chemins et ressemble à un écho assourdi dont on oublierait presque la présence. A mesure que nous nous rapprochons de l'orée du bois, ce bruit se fait plus dense malgré tout, et nous rapelle que nous ne sommes pas les seules ici. Le beau temps et le week end de Pâques à fait surgir des colonnes de familles pareilles à des armées pacifistes dont les généraux sont des grands-parents voûtés et les tanks des poussettes colorées où dorment des nourrissons rondouillards.

Dans le grand parc, nous cherchons un endroit ou s'assoir et boire. Tout est occupé hélas: chaque fauteuil, chaque banc, chaque transat. La France de l'Ile de France est au repos là, tranquille et alanguie. Si un avion passait et larguait une bombe, elle disparaîtrait en gardant sur le visage ce sourire d'un dimanche heureux.


 

 

 

09 avril 2009

Jeudi

Je dis, jeudi.
Jeux dits.
Euh. Je.
Sid...

(Ouais...bon.)

Et puis d'un coup (très vite) l'inspiration fiche le camp. Elle déguerpit sans donner de raison. Elle me laisse les bras ballants, l'esprit vide. Les mots qui s'alignaient dans ma tête avec discipline et intelligence ne sont plus qu'un infâme tas pareil à une structure décousue. Je me gratte le front, espère trouver une issue mais rien ne vient; la bonne dame muse est au loin.

Je décris ce qu'il se passe dans mon esprit, juste derrière les yeux. Cela ressemble à un brouillard d'images, comme un ensemble incohérent de fragments épars: des mots rattachés on ne sait comment à des visages; le profil de Virginia W., la une du Monde, des couvertures défaites, un champs, une voiture, les mots "parodie" et "catapulte", un bateau, un phare,  l'Egypte, et puis rien. Plus rien.

L'imagination vient et va comme le mouvement des vagues sur les bords de plage.

Je peux regarder longtemps cette image qu'on a fixée d'elle: ce portrait pris en biais où seul son visage est saisi, le reste de son corps a disparu, il n'existe pas puisque je ne le vois pas.

 

 

 

20 mars 2009

Vendredi

Je suis au bord des larmes. Ou de la colère, je ne sais plus très bien.

A Y. qui me demande si tout va bien, je répond que je ne m'entend pas.

En rentrant -métro bondé- je lorgne du côté des quais et lis: "ne pas descendre sur la voie, danger de mort". Je lis "voix" au lieu de "voie". Cela doit avoir un sens, mais j'ignore lequel.

A la maison, P. n'avait pas d'autorité. M. en manquait aussi mais se faisait une obligation d'essayer d'en fabriquer une à la mesure de son amour. Au milieu, je me demandais où trouver ma place par rapport à eux.

Je marche pour revenir.
C'est drôle ce sentiment vague de non existence. Ce doit être la fatigue (tiens, le clavier est presque foutu...).

M. me tire des larmes et M. me fatigue et me rend coupable de vivre.
J'ai fait mon deuil de P. Il continue de vivre, sans moi.
Je ne sais pas si j'ai tort de trop aimer l'un et d'être presque indifférente à l'autre.

Au bureau je m'ennuie. Disons plus précisément que la "vie" de bureau m'ennuie depuis qu'elle occupe tout mon temps de travail.

Comme souvent quand je me sens devenir absente, je m'imagine dans la peau de quelqu'un d'autre.
J'achète Vogue et je deviens un de ces mecs adonisés par l'oeil d'un photographe.

Dans l'avenue B. je croise des lycéennes pin-up et leurs cavaliers. Cela sent les hormones et le nouveau parfum de Tom Ford.

Je ne sais pas ce que M. pense vraiment de moi. Je n'ai jamais su ce que P. avait en tête.
Je parle comme Christine Angot. C'est déplorable! Bah....

 

07 mars 2009

Samedi

This could be another world, another dimension. If my eyes were closed and they would open up again at the touch of light.

*

Marguerite Y. Si vous m'entendez, où que vous soyez, écrivez encore un peu... Les vastes forêts du nord, les chemins du monde, et les mémoires des êtres que le temps a brûlés.

*

C'est le métro et je marche. J'oublie à quoi je pense. Les affiches m'occupent l'esprit à la place du reste. Je croise des regards. Mon Dieu, à quoi rêvent tous ces visages, et tous ces corps? Pour quoi avancent-ils et pour qui et vers quoi? Questions simples et inutiles à la fois. Les réponses ne viendront pas satisfaire un sens de la perte, du temps qui fuit, là, dans ce couloir éclairé par une lumière artificielle, fatiguante, vide aussi.
Je ne suis pas triste. Juste épuisée, broyée. Mes nerfs lâchent. C'est comme une baignoire qui se vide. Ca s'en va: la semaine, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et ces centaines d'heures qui ne reviendront pas.
...
Les gens s'ignorent. Les artères souterraines de Paris sont des zones de relâchement et de vigilance mêlés. On marche. Centaine d'inconnus après centaine d'inconnus arpentent les couloirs comme des petits rats de laboratoire. L'image vait ce qu'elle vaut. On reste des animaux, même en Gucci, même en Pimkie, même en guenilles. Et on marche; c'est la seule chose qui nous unisse ici. Les murs sont couverts de publicités: tous ces trucs à acheter depuis la bouffe jusqu'à la robe de mariée. Les affiches exploitent notre ennui, notre passivité d'urbain. Qu'y faire? S'y faire? La fatigue, la routine empêchent de penser à inventer autre chose. Il reste bien un peu d'évasion, qu'on nous offre sur un plateau du reste, placardée sur de grands panneaux vantant la beauté un peu kitsch d'îles lointaines de sable blanc, de mer turquoise et de ciel marine.
...
Je pense à toi.
Tu conduis. Je somnole et la route semble infinie. Par la vitre je regarde défiler des paysages que la vitesse rend flous. Depuis un moment déjà les immeubles ont cédé la place à une campagne molle de champs noirs et d'arbres esseulés. Le ciel tombe de fatigue et s'effondre sur les toits des fermes des bords de route.

Je pense à toi, à San Francisco et ses rues en pente, au souvenir de t'avoir attendue longtemps ici et là.
Paris s'éclipse peu à peu et devient une fois encore cette ville que je n'aime que de loin, une carte postale, un endroit idéalisé qui me déçoit souvent plus qu'il ne me surprend.

Je pense à nous, à tout ce qu'il est inutile d'écrire et à tout ce qu'il est plus important, bien plus important de vivre.

Tu conduis en ignorant tout de mon tourbillon mental, et de ce besoin vif que j'ai soudain de vouloir t'embrasser tendrement et te chuchoter tous bas pour toi seulement, que je t'aime.