04 janvier 2009
Dimanche
Aujourd'hui le froid prend les pieds comme du béton. Enfoncée dans un fauteuil puis dans un grand lit, je lis Thomas l'obscur de Blanchot. C'est une longue digression sauvage autour de la figure d'un homme qui nous demeure inconnu et dont on ne sait vraiment s'il est vivant ou mort. C'est très poétique, puissamment élégant, profondément ésotérique (doux mot pour dire que le lecteur s'y trouvera perdu avec délice) et indéchiffrable à bien des égards.
Une heureuse respiration.
Un ouvrage difficile et décourageant.
Une "perle noire".
Peut-être un miroir...
*
Je suis rentrée.
Tout ce temps a filé je ne sais comment.
Il reste des bribes de ces semaines inactives.
Demain...
Demain...c'est la reprise et comme chaque fois cette envie de faire autre chose, d'exercer un autre métier, par paresse et par anxiété, par goût du repli sur les seules choses qui vaillent la peine...
*
Quel froid!
Nous sommes en attente de printemps, du réveil de la nature assoupie, du ciel clair et bleu, des rayons de soleil qui éclaboussent les fenêtres et dégoulinent sur les tapis.
*
Face à l'écran c'est souvent le passé qui vient, un passé lointoin, imaginaire.
L'inspiration serait une hypnose et l'écriture une discrète échappée.
Chacun y verra ce qu'il voudra après tout.
Tout change et tout demeure au fond.
*
La grande fascination de l'entre-deux-guerres c'est le cerveau, l'esprit et son labyrinthe de pensées.
Un face à face qui aboutit à la folie ou au regret.
C'est aussi une crise aigüe de confiance dans la politique.
Le fracas de 14-18 s'entend encore et ébouillante les esprits réactionnaires.
*
...mais te voilà. Tu sens la crème de bébé. Tu te masses et tu dis: "cela fait du bien de ne plus avoir les pieds froids"...
La boucle est bouclée...
19:30 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18 décembre 2008
Jeudi
Entendu dans un rêve - peut-être pas un rêve, mais enfin cela s'entendait pendant une nuit très sombre et j'étais allongée et j'avais les yeux fermés - entendu cette phrase ou cet ordre ou bien ce conseil simplement: en hiver, abandonne ton corps et fais toi criminel...
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L'angoisse.
Cet étrange mot qui n'a eu longtemps aucun sens.
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L'ivresse de la marche sans but.
*
La petite fille est un point rose dans l'air. Dans les bras de sa mère elle voyage comme les princes d'antan, comme les ballons aussi.
Je ne vois que ses joues couleur de son manteau et de son écharpe, rose impossible, rose d'enfant, de conte de fées, de soleil couchant aussi.
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Heures passées ce matin à classer des papiers, du courrier, à régler ceci et cela, affaires du quotidien, banales, épuisantes également. Je reste calme, étrangement.
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"Midi d'abord". C'est comme cela, qu'y pouvait-il? Alors d'accord pour midi d'abord.
*
Bientôt l'heure du thé. Le voyage commence dans cette rencontre de l'eau fumante et des feuilles séchées, melangées, travaillées, épicées; venant de si loin, rivages du Siam, pentes bleues de Chine, transportées naguère sur des navires marchands, compagnie des indes orientales de Hollande, d'Angleterre et de France, florebo quoqumque ferar, je fleurirai là où je serai portée... Quelle poésie! Quand on y songe, ce rêve du commerce avec l'ailleurs, l'étrange économie des échanges au 17è siècle quand le monde est une carte en vide et en creux, en silences, en zones blanches de l'inconnu.
*
Timides mots chassés par l'hiver.
Impossible naissance à cause de la paresse.
Le froid fatigue même l'inspiration...
16:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16 décembre 2008
Mardi
Promener les yeux - mes yeux - sur l'étagère. Les images aspirent. Je rentre de promenade. Les promenades à pied exorcisent bien des inquiétudes. Demeure l'envie.
*
Je flotte. L'air est froid. Le ciel s'éteint. Vraiment je flotte. C'est la musique, je crois. C'est Dimanche qui reste dans un coin de ma mémoire. Je flotte. Et j'ai besoin d'ancrage, de tranquillité, de méditation... pour mieux retrouver le bruit et la folie, mais moins souvent...
*
L'écriture est toujours un éloignement, une mise à distance pour se rapprocher de quelque chose, d'un état, d'une expérience, d'une place précise et inconnue à la fois.
*
Dans les yeux la lumière tombe, les éclaire, ils deviennent des ouvertures immenses, pleins de lumière, à se perdre. L'iris est la galaxie. Une constellation. Tout flotte, tout circule, tout apparaît et disparaît. Enfin.
*
La musique.
Dans la tête se faufile.
Discrète ou non.
Forte ou douce.
La musique est là.
La voix, les mots.
Ainsi.
Toujours.
17:02 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24 novembre 2008
Lundi
Lost heart...
Début de soirée. Fin novembre. Dans la chambre 3… je n'entends pas la mer. Trouville est loin. Trouville est paisible. Depuis la fenêtre je vois la rue, les maisons avec leurs balcons; le sel, ce sel lointain qui vérole le bois et écaille la peinture. Les façades défigurées n'ont jamais été aussi belles, mélancoliques, gaies aussi quand un rayon de soleil échappé les frappe par surprise.Il n'y a plus aucun nuage maintenant. Le vent les a chassés.
On voit passer quelques voitures, des gens aussi, vite disparus.
La nuit tombe et mon amour a sommeil. Elle s'endort doucement, allongée sur le couvre-lit à fleurs, un livre et une boîte de biscuits près d’elle.
Dans les couloirs du troisième étage de l'hôtel, derrière la porte, c'est le murmure des conversations de la clientèle.
Chambre 3…, j'écris. Je regarde cette écriture s'étendre, et creuser, sombre, couleur de nuit, son territoire sur le papier vierge. C'est une colonisation.
J'écris pendant que mon amour fait la sieste. L’hiver, le ciel lourd, et l’ombre qui s’étale lentement sur les murs donnent à cette chambre un aspect funéraire. La journée s’achève. La mer ce matin était couleur de sable gris, une mer grelottante. La plage était presque vide. Nulle part l’ombre de Marguerite D.
A Trouville le passé et le présent se confondent. La mémoire nous frôle comme un fantôme.
Dans un bar nous buvons une vodka et un Bombay tonic. La musique passe. Des habitués montent et descendent un escalier qui mène on ne sait où précisément. Vodka et Bombay. Les mots frappent l’imagination. Les rues blanches de Moscou et la nuit indienne. Un train qui part, le sifflement du départ pareil à un cri de mouette, un rire puis un soupir quelque part dans un compartiment, et loin du regard déjà, des silhouettes confondues avec les ombres de la gare. Je suis ici et là à la fois, ce que permet le temps qui n’a pas la contrainte du temps. Je suis ici, mon corps posé inconfortablement sur un tabouret trop haut, et je suis aussi là, dans cette gare, à regarder encore ce train, longue ligne noire à l’horizon maintenant, filant vers sa destination.
Trouville s’éveille le lendemain aux sons des cloches d’une église qu’on ne voit pas. Mon rêve est dans mes oreilles. Mon amour garde les yeux fermés sur le sien.
17:04 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









