31 mai 2009

Dimanche

Dimanche. Au parc Georges Brassens, c’est le marché des livres. Peu de gens sont là, juste quelques habitués qui passent d’un stand à un autre, regardent, feuillettent, soupèsent… et moi, sans raison apparente, je pense alors à un marché d’esclaves, je pense à ces visages où se mêlent l’envie et l’indifférence, je pense à la mémoire et à l’oubli, leur danse…Est-ce que la loi de la gravité atteint aussi les mots, et qu’une fois jetés vers le ciel, ils ne cessent jamais de retomber pareils à des pierres ?

La bague est là.
Elle est magique, si on appelle magie ce qui est en réalité de la superstition.
La bague est là, à mon doigt.
Je l’embrasse quand je suis heureuse. Quand je suis malheureuse, je la couvre de ma main, je lui demande de faire partir le chagrin.
Assise dans le bus, je suis un marabout des villes, un marabout sans clientèle, sans autre tours, sans autre gri-gri que cette bague à reflets bleutés.

Ai-je vraiment besoin des ces objets que je charge de pouvoirs utiles et bienfaisants ? Ils sont comme la canne blanche des aveugles : une manière de me guider dans le noir.

C’est une belle journée.

Lecture de Bernard-Marie Koltès. Incroyable densité des émotions par la création d’un jeu subtil de tensions entre ces personnages. Je parle d’une de ses pièces les moins connues : Sallinger.

J’achève la lecture de nouvelles de Guy de Maupassant. La plupart se déroulent pendant la guerre de 1870. Toutes sont construites avec la précision et le sens psychologique qui caractérisent Maupassant. On se dit « quelle maîtrise ! Quel style ! ». Et puis on se tait.

Vu l’Heure d’été de Assayas. J’avais retardé le moment de le voir. Les histoires qui parlent de deuil me sont toujours difficiles.

J’écoute Baba O’Riley des Who.

Quand j’étais enfant, j’aimais les aéroports et les musiques qui vous redonnaient la mémoire des choses oubliées.

22 mai 2009

Vendredi

Lectures du moment: Maupassant et Yourcenar.

Les ombres des volets sur les murs dessinent des lignes à géométrie variables, symétriques et dissemblables cependant, que l'on souhaiterait creuser à la spatule...

Lumière du printemps; légère lumière, qui berce, flâne sur les bords des trottoirs, plonge dans la Seine enfin où elle explose en mille éclats dorés qui se perdent dans l'air.

Dans la zone des souvenirs, me revient en mémoire ce jour de printemps, l’océan et le bruit des vagues étouffé dans les feuilles des palmiers, et un plongeoir blanc où Jean-Luc se tient debout les bras en croix, sa peau brune mouillée par une première séries de plongeons. On voit flotter à ses poignets des bracelets fins en soie, lentement rongés par le sel et décolorés par le soleil, dont nul ne sait qui les lui a noués là et quand. Est-ce pour le protéger et lui donner une longue vie? B. et moi regardons avec une curiosité mêlée d'envie ces hommages muets attachés aux poignets de notre ami. Ces fils légers et multicolores glissaient parfois sur nos fronts pour des caresses qui nous mettaient le feu aux joues. Cela se passaient durant les soirées de fin d’année quand nous dansions tous ensemble, par deux ou par trois, pris par la musique et que Jean-Luc se penchait vers nous, tenait nos visages dans ses mains et faisait semblant de nous embrasser.

Là-haut, sur le bord du plongeoir, Jean-Luc nous fait un signe et nous sourit. Le ciel est sans nuages comme s’ils avaient tous été aspirés dans un endroit inconnu. Reste un bleu pâle immense qui se confond avec la couleur des yeux de Jean-Luc. Nous lui renvoyons un sourire et levons les bras pour l’encourager. Il rit et mime des assouplissements d’athlète. Qu’est-il devenu aujourd’hui ? Je pense à l’émotion ressentie ce jour-là en le voyant prendre un court élan et envoyer son corps comme une torpille crever la surface de l’eau. Du bonheur ? Du désir ? De l’adoration ? Je ne l’ai plus ressenti depuis. Et lui ? A quoi pensait-il dans ce pays qu’il aimait tant et qu’il voulait toujours quitter pourtant ?

...(j'écoute la radio, j'entends quelqu'un dire qu'on peut "passer à côté de sa vie")...non, on ne passe pas à côté de sa vie. Ca n'a aucun sens de le dire. Vraiment aucun…. (sourires)…

 

23 avril 2009

Jeudi

Quand j'écoute "sacrifice" chanté par Elton John, je pense presque toujours au lycée de R. et à l'hiver que je découvrais pour la première fois. Je revois aussi, imprécises toutefois, comme entourées par une brouillard léger, les images du clip auxquelles se superposent immédiatement celles de fragments tirés de souvenirs divers, histoires sentimentales, heureuses et tristes, toujours pleines de nostalgie, hélas.

*

Je lis la Chartreuse de Parme. J'avais besoin de retrouver une littérature où le style et la construction d'une histoire l'emportent sur l'auto-fiction si triomphante dans les productions littéraires récentes.

*

L'écriture revient toujours.
Ne jamais oublier cela.

*

Qu'est devenue G? La dernière fois que l'on s'est vues, elle repartait pour l'Italie. Elle allait s'installer chez sa mère.
J'ai rencontré G. dans un restaurant, à Paris, un soir d'automne, il faisait encore doux, la nuit ne tombait pas vite, c'était un vendredi, je crois, ou un jeudi, je ne sais plus.
Qu'est-ce qui me captivait chez elle? Le mot qui me vient est: résistance. L'autre est: indifférence.

*

Il est 23h et et je meurs de sommeil

20 avril 2009

Lundi

Balade sur le web, immense territoire étrange, visite délibérée de blogs (mot très peu commercial quand on y pense)...Très vite la lassitude me prend. C'est une sorte d'étouffement de l'esprit, une noyade, l'impression de lire des phrases qui n'ont aucun sens pour moi, qui ne font résonner que le vide. Toutes ces notes que je parcoure me donnent le sentiment d'être devenue une maniaque. Je n'arrive pas à m'arrêter cependant, comme si quelque chose de secret était caché derrière ces lignes, dans cette forêt de mots; quelque chose qui me captive, m'empêche de quitter mon siège, d'étendre l'écran, d'ouvrir la fenêtre et de respirer de l'air frais.
Je lis des pensées brutes, sans style, effrayantes de sincérité. J'ai le sentiment d'empiéter, comme une voleuse, dans l'intimité de vies que j'ignore. Désormais il n'est plus possible de dire quoi que ce soit. Je me tais. Par respect pour toutes ces personnes qui jettent sur la toile leurs états d'âme en pagaille.
J'ai besoin de sentir la vie. La plupart des notes que je lis ont été rédigées il y a deux ans, ou plus. Où suis-je? Comment se retrouve t-on là? Sur internet les mains sont des jambes, les yeux sont des pieds, et j'avance en tapant n'importe quoi sur mon clavier. N'importe quoi me mène n'importe où, et le hasard me sert de guide pour glisser dans les univers personnels d'inconnu(e)s. Je lis des bonheurs qui m'échappent, des angoisses qui me peinent. S'alignent devant moi des révélations de secrets légers et lourds, des confessions improbables qui me touchent et m'écoeurent à la fois. Où suis-je? Ici. Je traverse le présent récent et me demande ce que tous ces gens abrités derrière des mots sont devenus? La réponse m'importe peu. On ne devient pas intime en partageant l'intimité de quelqu'un. Il faut quelque chose de plus, sinon tout cela ressemble à de la curiosité mal placée face à de l'exhibitionnisme sincère mais aussi terriblement désarmant.
Ici, il n'y a pas de mise à distance, rien qui puisse nous préserver de cette vérité qui dévale sur nous comme de la lave chaude et gluante. D'où ce sentiment d'ivresse, mais d'une ivresse de mauvais vin qui donne mal au coeur et mal à la tête. L'exposition de ces mondes intimes n'apporte rien. Car il n'y a rien à apporter. La plupart de ces blogs ne visent pas un partage d'idées. Ils ne sont que les échos de solitaires. A l'inverse d'autres blogs qui m'inspirent, d'autres blogs que j'admire et qui me font découvrir des choses nouvelles, je n'apprend rien là, au beau milieu de ces pages où je m'embourbe.
Partir, partir loin de là tant qu'il en est encore temps. Quitter ce paysage flou et futile, et partir naviguer ailleurs. La liberté est dans la restriction pas dans cette abondance de choix qui finit par devenir aliénante. La qualité vaut mieux que la qualité, et on aime d'avoir cherché peu, plus que d'avoir tout trouvé.