20 avril 2009

Lundi

Balade sur le web, immense territoire étrange, visite délibérée de blogs (mot très peu commercial quand on y pense)...Très vite la lassitude me prend. C'est une sorte d'étouffement de l'esprit, une noyade, l'impression de lire des phrases qui n'ont aucun sens pour moi, qui ne font résonner que le vide. Toutes ces notes que je parcoure me donnent le sentiment d'être devenue une maniaque. Je n'arrive pas à m'arrêter cependant, comme si quelque chose de secret était caché derrière ces lignes, dans cette forêt de mots; quelque chose qui me captive, m'empêche de quitter mon siège, d'étendre l'écran, d'ouvrir la fenêtre et de respirer de l'air frais.
Je lis des pensées brutes, sans style, effrayantes de sincérité. J'ai le sentiment d'empiéter, comme une voleuse, dans l'intimité de vies que j'ignore. Désormais il n'est plus possible de dire quoi que ce soit. Je me tais. Par respect pour toutes ces personnes qui jettent sur la toile leurs états d'âme en pagaille.
J'ai besoin de sentir la vie. La plupart des notes que je lis ont été rédigées il y a deux ans, ou plus. Où suis-je? Comment se retrouve t-on là? Sur internet les mains sont des jambes, les yeux sont des pieds, et j'avance en tapant n'importe quoi sur mon clavier. N'importe quoi me mène n'importe où, et le hasard me sert de guide pour glisser dans les univers personnels d'inconnu(e)s. Je lis des bonheurs qui m'échappent, des angoisses qui me peinent. S'alignent devant moi des révélations de secrets légers et lourds, des confessions improbables qui me touchent et m'écoeurent à la fois. Où suis-je? Ici. Je traverse le présent récent et me demande ce que tous ces gens abrités derrière des mots sont devenus? La réponse m'importe peu. On ne devient pas intime en partageant l'intimité de quelqu'un. Il faut quelque chose de plus, sinon tout cela ressemble à de la curiosité mal placée face à de l'exhibitionnisme sincère mais aussi terriblement désarmant.
Ici, il n'y a pas de mise à distance, rien qui puisse nous préserver de cette vérité qui dévale sur nous comme de la lave chaude et gluante. D'où ce sentiment d'ivresse, mais d'une ivresse de mauvais vin qui donne mal au coeur et mal à la tête. L'exposition de ces mondes intimes n'apporte rien. Car il n'y a rien à apporter. La plupart de ces blogs ne visent pas un partage d'idées. Ils ne sont que les échos de solitaires. A l'inverse d'autres blogs qui m'inspirent, d'autres blogs que j'admire et qui me font découvrir des choses nouvelles, je n'apprend rien là, au beau milieu de ces pages où je m'embourbe.
Partir, partir loin de là tant qu'il en est encore temps. Quitter ce paysage flou et futile, et partir naviguer ailleurs. La liberté est dans la restriction pas dans cette abondance de choix qui finit par devenir aliénante. La qualité vaut mieux que la qualité, et on aime d'avoir cherché peu, plus que d'avoir tout trouvé.  

12 avril 2009

Dimanche

Sunbird and the girl who did not want to talk…

Les rayons de soleil glissent le long des feuilles de peupliers ; lumière blanche pâle et rassurante. Nous marchons. Chaque pas, me semble t-il, allège notre esprit de tout ce qu’il peut contenir d’habituelles tracasseries.

La route est droite, le goudron s’y écaille comme de la vieille peinture et cède parfois sous les pas des promeneurs. Nous croisons des marcheurs comme nous, des cavaliers, et des cyclistes pressés. C’est un dimanche tranquille et je me sens bien.

Ce pourrait être un autre temps. Hormis nos allures d'hommes et de femmes du 21è siècle, nous ressemblons, je crois, aux gens du siècle dernier qui comme nous marchaient le long de ces chemins forestiers, les yeux au ciel, saisis par les mêmes émotions simples, les mêmes curiosités. Cette proximité où le temps ne semble plus avoir de prise laisse libre court à toutes sortes de rêveries que ponctuent des chants sonores d'oiseaux invisibles.

Il est impossible dans ce lieu de ne pas se laisser aller à la contemplation silencieuse et d'observer toute une vie minuscule se dérouler sans sembler le moins du monde être affectée par notre présence lourde et passagère d'urbains en goguette. Nous laissons enfin (ou croyons laisser, ce qui nous rassure) un peu de place à la nature; sa place diraient certains, mais penser à cela -à de la politique- ne m'intéresse pas ici.

Au croisement de plusieurs chemins, près d'une clairière, nous tombons sur des grappes d'enfants qui ressemblent à de petits sauvages. C'est de la sauvagerie de théâtre cependant, qui ne fait pas de mal, qui est entièrement tournée en jeu. Les voilà -dix ou vingt- qui courent dans tous les sens (croit-on, mais ils sont bien plus organisés que cela), trébuchent, crient, hurlent pour certains d'entre eux et ignorent tout à fait la compagnie des adultes, livrés à eux mêmes qu'à Dieu ne plaise.
Une petite fille - huit ans sans doute, peut-être moins - ramasse avec précaution des morceaux de bois qu'elle entasse ensuite au pied d'une cabane de fortune. La cabane a été construite avec hâte - les enfants marquent très vite ce territoire de leur présence - en assemblant des branchages contre le tronc d'un arbre très grand. La petite fille reste penchée à son ouvrage pendant que les garçons dévalent une pente douce et entament une partie de foot. La nuit venue, j'imagine, tout reprendra sa place et la cabane inachevée fournira peut-être un abri à des chats errants.

Nous marchons plus avant, suivies de loin par des couples, par des solitaires aussi qui se parlent à eux-mêmes et regardent flotter l'air autour d'eux. La forêt, ce labyrinthe dompté par la main de l'homme, bruisse de conversations et de paroles qui forment un langage à part, un bavardage qui circule légèrement entre les chemins et ressemble à un écho assourdi dont on oublierait presque la présence. A mesure que nous nous rapprochons de l'orée du bois, ce bruit se fait plus dense malgré tout, et nous rapelle que nous ne sommes pas les seules ici. Le beau temps et le week end de Pâques à fait surgir des colonnes de familles pareilles à des armées pacifistes dont les généraux sont des grands-parents voûtés et les tanks des poussettes colorées où dorment des nourrissons rondouillards.

Dans le grand parc, nous cherchons un endroit ou s'assoir et boire. Tout est occupé hélas: chaque fauteuil, chaque banc, chaque transat. La France de l'Ile de France est au repos là, tranquille et alanguie. Si un avion passait et larguait une bombe, elle disparaîtrait en gardant sur le visage ce sourire d'un dimanche heureux.


 

 

 

09 avril 2009

Jeudi

Je dis, jeudi.
Jeux dits.
Euh. Je.
Sid...

(Ouais...bon.)

Et puis d'un coup (très vite) l'inspiration fiche le camp. Elle déguerpit sans donner de raison. Elle me laisse les bras ballants, l'esprit vide. Les mots qui s'alignaient dans ma tête avec discipline et intelligence ne sont plus qu'un infâme tas pareil à une structure décousue. Je me gratte le front, espère trouver une issue mais rien ne vient; la bonne dame muse est au loin.

Je décris ce qu'il se passe dans mon esprit, juste derrière les yeux. Cela ressemble à un brouillard d'images, comme un ensemble incohérent de fragments épars: des mots rattachés on ne sait comment à des visages; le profil de Virginia W., la une du Monde, des couvertures défaites, un champs, une voiture, les mots "parodie" et "catapulte", un bateau, un phare,  l'Egypte, et puis rien. Plus rien.

L'imagination vient et va comme le mouvement des vagues sur les bords de plage.

Je peux regarder longtemps cette image qu'on a fixée d'elle: ce portrait pris en biais où seul son visage est saisi, le reste de son corps a disparu, il n'existe pas puisque je ne le vois pas.

 

 

 

20 mars 2009

Vendredi

Je suis au bord des larmes. Ou de la colère, je ne sais plus très bien.

A Y. qui me demande si tout va bien, je répond que je ne m'entend pas.

En rentrant -métro bondé- je lorgne du côté des quais et lis: "ne pas descendre sur la voie, danger de mort". Je lis "voix" au lieu de "voie". Cela doit avoir un sens, mais j'ignore lequel.

A la maison, P. n'avait pas d'autorité. M. en manquait aussi mais se faisait une obligation d'essayer d'en fabriquer une à la mesure de son amour. Au milieu, je me demandais où trouver ma place par rapport à eux.

Je marche pour revenir.
C'est drôle ce sentiment vague de non existence. Ce doit être la fatigue (tiens, le clavier est presque foutu...).

M. me tire des larmes et M. me fatigue et me rend coupable de vivre.
J'ai fait mon deuil de P. Il continue de vivre, sans moi.
Je ne sais pas si j'ai tort de trop aimer l'un et d'être presque indifférente à l'autre.

Au bureau je m'ennuie. Disons plus précisément que la "vie" de bureau m'ennuie depuis qu'elle occupe tout mon temps de travail.

Comme souvent quand je me sens devenir absente, je m'imagine dans la peau de quelqu'un d'autre.
J'achète Vogue et je deviens un de ces mecs adonisés par l'oeil d'un photographe.

Dans l'avenue B. je croise des lycéennes pin-up et leurs cavaliers. Cela sent les hormones et le nouveau parfum de Tom Ford.

Je ne sais pas ce que M. pense vraiment de moi. Je n'ai jamais su ce que P. avait en tête.
Je parle comme Christine Angot. C'est déplorable! Bah....