06 octobre 2009

Mardi

Pas de boules quiès dans le verre d'eau ce soir.
Tu dis que tu me connaîs depuis 1000 ans.
L'air se remplit de musique électro.
Un couple se brise.
C'est une tragédie.
Deux couples, trois couples.
C'est une épidémie.
C'est l'âge. C'est les circonstances.
C'est le temps.
Il se passait déjà la même chose avant, quand les hommes portaient des favoris et que les femmes flânaient.
Emmène-moi. Je veux voler dans un planeur, là-haut sur les hauteurs, la terre rétrécie.
Je prends le bus tous les vendredis. Le même bus chaque vendredi après 19h.
Le trajet est plus long. Je traverse la ville quand la nuit tombe entièrement.
Les gens montent et descendent, jeunes et vieux, comme des ombres les uns pour les autres, comme des étrangers plus éloignés dans ce bus que s'ils étaient séparés par des milliers de kilomètres.
Je regarde les façades défiler, les mains du chauffeur, les titres des journaux, les lumières derrières les fenêtres, les passants qui disparaissent.
Je ne pense à presque rien. Je viens de parler pendant une heure avec lui. Ce n'est pas un étalage. C'est une conversation libre et consentie.
J'ai parlé de mes parents. J'ai parlé de Marguerite Y. et de Marguerite D. J'ai parlé de mon travail. J'ai parlé d'elle et de moi et d'un enfant qui sera un bel adulte. J'ai parlé de ma fierté et des peurs que je garde comme des objets précieux.
Quelqu'un écoutait.
Je crois.
Quand je rentre, je veux écrire. Je veux écrire mais rien, rien ne s'écrit. Parce que tout ce qu'il y a à écrire est déjà dit, déjà expulsé, exhumé, excavé, ex, ex, ex, ex... comme le son d"une machine étrange et dangereuse, comme le bruit d'un moteur de pelleteuse.
Je lis alors. Je prend le roman, "Les archives du nord" de Marguerite Y. Je retrouve une amie, une cousine, une soeur aînée, une grand-mère aimée. Je me sens bercée, emportée, à l'abri dans les souvenirs d'époques et de gens jamais connus. Il n'y a pas de chagrin. C'est de la force qui reste, celle qui vient de la parole que j'ai laissée allée libre et que je retrouve dans la lecture.
Tu dors.
Tu es allongée près de moi.
Je pense aux gens que j'aime.
Je pense à toi, ta maison, ton père, tes amis, tes collègues.
Les étoiles brillent.

Commentaires

J'ai acheté la Chartreuse de Parme dans une brocante, après un orage qui avait détrempé tous les stands. Parce qu'il est en bas à droite, ici, et parce que je me dis que c'est une couleur qui te va bien, enfin, qui va bien à tes chuchotements, à la couleur de leur écho.

C'était marrant, cette livraison humide de mots, dans une rue de Lyon.

Ecrit par : Ellis | 06 octobre 2009

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