07 mars 2009
Samedi
This could be another world, another dimension. If my eyes were closed and they would open up again at the touch of light.
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Marguerite Y. Si vous m'entendez, où que vous soyez, écrivez encore un peu... Les vastes forêts du nord, les chemins du monde, et les mémoires des êtres que le temps a brûlés.
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C'est le métro et je marche. J'oublie à quoi je pense. Les affiches m'occupent l'esprit à la place du reste. Je croise des regards. Mon Dieu, à quoi rêvent tous ces visages, et tous ces corps? Pour quoi avancent-ils et pour qui et vers quoi? Questions simples et inutiles à la fois. Les réponses ne viendront pas satisfaire un sens de la perte, du temps qui fuit, là, dans ce couloir éclairé par une lumière artificielle, fatiguante, vide aussi.
Je ne suis pas triste. Juste épuisée, broyée. Mes nerfs lâchent. C'est comme une baignoire qui se vide. Ca s'en va: la semaine, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et ces centaines d'heures qui ne reviendront pas.
...
Les gens s'ignorent. Les artères souterraines de Paris sont des zones de relâchement et de vigilance mêlés. On marche. Centaine d'inconnus après centaine d'inconnus arpentent les couloirs comme des petits rats de laboratoire. L'image vait ce qu'elle vaut. On reste des animaux, même en Gucci, même en Pimkie, même en guenilles. Et on marche; c'est la seule chose qui nous unisse ici. Les murs sont couverts de publicités: tous ces trucs à acheter depuis la bouffe jusqu'à la robe de mariée. Les affiches exploitent notre ennui, notre passivité d'urbain. Qu'y faire? S'y faire? La fatigue, la routine empêchent de penser à inventer autre chose. Il reste bien un peu d'évasion, qu'on nous offre sur un plateau du reste, placardée sur de grands panneaux vantant la beauté un peu kitsch d'îles lointaines de sable blanc, de mer turquoise et de ciel marine.
...
Je pense à toi.
Tu conduis. Je somnole et la route semble infinie. Par la vitre je regarde défiler des paysages que la vitesse rend flous. Depuis un moment déjà les immeubles ont cédé la place à une campagne molle de champs noirs et d'arbres esseulés. Le ciel tombe de fatigue et s'effondre sur les toits des fermes des bords de route.
Je pense à toi, à San Francisco et ses rues en pente, au souvenir de t'avoir attendue longtemps ici et là.
Paris s'éclipse peu à peu et devient une fois encore cette ville que je n'aime que de loin, une carte postale, un endroit idéalisé qui me déçoit souvent plus qu'il ne me surprend.
Je pense à nous, à tout ce qu'il est inutile d'écrire et à tout ce qu'il est plus important, bien plus important de vivre.
Tu conduis en ignorant tout de mon tourbillon mental, et de ce besoin vif que j'ai soudain de vouloir t'embrasser tendrement et te chuchoter tous bas pour toi seulement, que je t'aime.
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Commentaires
J'aurais aussi aimé qu'elle écrive encore, mais je me dis qu'elle nous a appris à aller la chercher ailleurs avant de revenir faire "le tour de la prison".
ce n'est pas une période des plus insouciantes ;)
Ecrit par : Sacha | 10 mars 2009
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