07 février 2009
Samedi
Le week end à Trouville. L'envie de retrouver la route et la mer, le ciel immense qui pèse sur l'horizon, le sable perlé de souvenirs sans importance. Trouville et ses petites filles modèles, un oncle et ses neveux dans la salon de thé... A quoi bon être ailleurs, dis, et chercher quoi, d'ailleurs?
On me demande ce qui me fait peur. La rage, je crois, toute la rage contenue à l'intérieur, qui remue et l'envie folle de la laisser sortir, enturbannée, pour changer tout, saccager et ravager la vie que je voulais mener et que je cherche encore par peur de la trouver.
L'hiver tombe, chagrin, les flocons tombent aussi, comme des confettis, et je ne marche pas, ou alors simplement en pensée, en regardant la rue rentrer dans le silence, la buée envahir les vitres et deviner que les volets se fermeront tôt ou tard.
J'écris. C'est une autre sorte de marche. Je cours après la concentration. J'enregistre des mots pour les prononcer plus tard.
Ecrire.
Cri.
Rire.
Et.
Toujours, souvent, entre ces deux états là.
Qu'as tu fait de ta jeunesse? Aspirée par une lame de vague...
J'entends un bruit dehors tôt ce matin. Il vient de la cour, toute petite cour. C'est un bruit de glace brisée. C'est quelqu'un qui jette une bouteille dans la poubelle. J'ignore si ces bouteilles là peuvent abriter des messages de détresse.
Dans la chambre c'est le silence. Même le silence fait du bruit si on l'écoute. Un bruit léger, aigu, comme une note unique qui ne se repose jamais. Le silence est infatigable.
J'ignore...
Un bavardage dans la rue.
Parler des fantômes ne les fait pas disparaître. Mais les secrets sont parfois moins lourds quand ils sont revélés. A la lumière ils deviennent parfois terriblement banals.
Angoisses du moment: étouffement et écrasement.
Souvenir.
La chambre d'hôtel à R. La nuit était tombée vite. Je m'étais endormie sans entendre partir ma famille. Je m'étais réveillée avec le soir. J'étais seule. J'étais très jeune. Je ne savais pas pourquoi ils n'étaient pas là. Leurs affaires traînaient partout. Je les ai attendu d'abord vaguement et puis à mesure que les heures passaient, que minuit arrivait, je sentais monter une certaine angoisse, une peur sourde. Je n'imaginais rien et je m'attendais à tout, en particulier au pire. La mer n'était pas loin, je l'entendais, et je pensais qu'elle les avait pris peut-être. Je me souviens de la pénombre dans la chambre. J'avais laissée allumée la lampe de chevet qui faisait une grosse tâche sur le plafond. Les rideaux étaient fermés. Les vêtement, leurs montres, les papiers de mon père, ressemblaient à des souvenirs encore réels. Je me souviens précisément de mon immobilité, de mon incapacité à faire quoi que ce soit, comme si faire c'était admettre qu'il leur était arrivé quelque chose. Je restais assise sur le lit, dos contre les coussins, la télévision et la radio de poche éteintes. Je ne sais pas combien de temps j'ai attendu. Ils sont rentrés avec l'aube. Leur voiture était tombée en panne. Je ne les ai pas détestés, j'étais trop heureuse de les revoir. Ils étaient différents, plus grands, plus vrais aussi.
J'ai en tête l'image floue d'un jeune homme qui s'appelle Bertrand Prouillan. C'est un personnage d'un roman de Yves Navarre dont le titre est Le jardin d'acclimatation.
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Commentaires
A la musique d'un vers, un autre:
celui-ci, lu il y a peu, me semble faire briller une angoisse
" le ciel courbe se peupla de chauves-souris
à la manière d'un paravent chinois"
Ecrit par : Sacha | 17 février 2009
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