24 novembre 2008
Lundi
Lost heart...
Début de soirée. Fin novembre. Dans la chambre 3… je n'entends pas la mer. Trouville est loin. Trouville est paisible. Depuis la fenêtre je vois la rue, les maisons avec leurs balcons; le sel, ce sel lointain qui vérole le bois et écaille la peinture. Les façades défigurées n'ont jamais été aussi belles, mélancoliques, gaies aussi quand un rayon de soleil échappé les frappe par surprise.Il n'y a plus aucun nuage maintenant. Le vent les a chassés.
On voit passer quelques voitures, des gens aussi, vite disparus.
La nuit tombe et mon amour a sommeil. Elle s'endort doucement, allongée sur le couvre-lit à fleurs, un livre et une boîte de biscuits près d’elle.
Dans les couloirs du troisième étage de l'hôtel, derrière la porte, c'est le murmure des conversations de la clientèle.
Chambre 3…, j'écris. Je regarde cette écriture s'étendre, et creuser, sombre, couleur de nuit, son territoire sur le papier vierge. C'est une colonisation.
J'écris pendant que mon amour fait la sieste. L’hiver, le ciel lourd, et l’ombre qui s’étale lentement sur les murs donnent à cette chambre un aspect funéraire. La journée s’achève. La mer ce matin était couleur de sable gris, une mer grelottante. La plage était presque vide. Nulle part l’ombre de Marguerite D.
A Trouville le passé et le présent se confondent. La mémoire nous frôle comme un fantôme.
Dans un bar nous buvons une vodka et un Bombay tonic. La musique passe. Des habitués montent et descendent un escalier qui mène on ne sait où précisément. Vodka et Bombay. Les mots frappent l’imagination. Les rues blanches de Moscou et la nuit indienne. Un train qui part, le sifflement du départ pareil à un cri de mouette, un rire puis un soupir quelque part dans un compartiment, et loin du regard déjà, des silhouettes confondues avec les ombres de la gare. Je suis ici et là à la fois, ce que permet le temps qui n’a pas la contrainte du temps. Je suis ici, mon corps posé inconfortablement sur un tabouret trop haut, et je suis aussi là, dans cette gare, à regarder encore ce train, longue ligne noire à l’horizon maintenant, filant vers sa destination.
Trouville s’éveille le lendemain aux sons des cloches d’une église qu’on ne voit pas. Mon rêve est dans mes oreilles. Mon amour garde les yeux fermés sur le sien.
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09 novembre 2008
Dimanche
22:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Dimanche
J'apprends un mot cet après-midi. Speakeasy.
Les speakeasies, qui ont disparu aujourd'hui, désignaient, en Amérique, les arrière-salles de bars où l'on servait (discrètement) de l'alcool pendant la prohibition.
L'automne coule.
L'encre fuit.
Sa main gauche est inutile. Vraiment?
Les racines comme les fils des toiles d'araignée.
Ne pas chercher d'histoires.
Etre mélancolique.
Même moment, quelques années plus tôt.
Ελευθερία ή θάνατος
[Eleftheria i thanatos - La liberté ou la mort]
Secoué avec violence, le bateau-feu résistait encore mieux au fracas du tonnerre qu'au progrès technique qui commande dans les années 60 l'effondrement des chantiers navals. L'heure des équinoxes, ces marées plus hautes que des buildings, ne sonne plus la mise à l'eau des longs navires semblables s à des licornes de fer et d'acier. Les licornes d'océan ont quitté les rades hostiles, les embouchures des fleuves indomptables. Tels des éléphants, ces géants immobiles se sédentarisent désormais dans des ports ou des hangars. Ils ont cessé d'ouvrir des chemins de lumière aux embarcations en détresse.
Un bateau-phare, un bateau-feu, une invention du XIXè siècle.
Un seul oeil, un oeil cyclope, au sommet de cette tour flottante, balayait le soir l'infinité de l'océan.
Parfois ce regard harponnait un voilier. Sinon, rien.
Rien d'autre que la plate étendue, sans distance, et sur la terre qu'on ne voyait pas, les plages poudrées d'écume blanche.
18:59 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Vendredi




Commencer. L'image qui vient, la première: une porte rouge. Pourquoi rouge, je n'en sais rien, c'est la première image, c'est celle qui vient. Peu de choses s'inscrivent dans la mémoire. On se souviendra toujours de celles qui étaient véritablement surprenantes. Le reste est inventé, ré-inventé, relaté encore, frelaté. Voilà.
Commencer. Rentrer dans la peau, rester dans la peau, pour l'éternité d'une seconde. La porte rouge. Le bon rêve. La campagne vide où je m'éveille. Fumerolles de brume sur les champs où la terre a été fraîchement retournée, cette terre qui s'accroche comme un mauvais gamin à vos godasses, qui dit: ne m'oublie pas là où tu pars, si c'est une autre terre.
Dans le bus, la lumière porte le chagrin sur les visages, les néons choquent l'ennui de cet habitacle où les regards des passagers s'évitent. Pourtant cette lumière blanche, artificielle, est la même qui rend les rues plus belles et qui éteint le vacarme de la ville. Dans ce bus, dans ce carosse à moteur, respirer. Les oublier un peu ces gens, les laisser vivre eux, et revenir ici, à l'intérieur.
Frapper doucement à la porte rouge. Demander encore plus doucement: qui est là? Les souvenirs enfouis se sont cachés ici, à l'abri. Ils reviennent souvent comme les vagues. C'est ici. La mer froide du nord vient contre le sable se poser, pareille à la main qui caresse le dos. C'est ici, l'apaisement, la suspension du temps, une, deux secondes, la plongée dans le sang ocre bleu de la mer; mes poumons forts, mes poumons pleins d'air, assez pour s'enfoncer plus loin dans la profondeur.
Commencer encore. Le noir. C'est le tableau de Jasper Johns qu'elle regarde avec intensité. Tout ce noir profond qui coule dans le blanc de la galerie. La pâleur somnifère se fige sur son visage. Rester immobile maintenant, parfaitement immobile.
15:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06 novembre 2008
Jeudi
- "...Soirs de Paris ivres du gin
- Flambant de l'électricité
- Les tramways feux verts sur l'échine
- Musiquent au long des portées
- De rails leur folie de machines..."
- G.Apollinaire
- La concentration...
Oh my God.
Je veux traverser les champs
Quand les animaux dorment encore
Les champs mènent à la falaise où l'aube prend son élan
L'hiver embrume les fenêtres
Les notes froissées du violoncelle d'abord
Je reviens, je t'aime encore
La maison de ton père
Fragilement ancrée
Pour toujours - Je doute
- Souvent je joue l'avenir au dés
Ils roulent indécis
Le hasard est précis comme les chiffres - Pipés ou non
- Malheur à nous de faire tomber les idoles?
21:42 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05 novembre 2008
Mercredi
Deux droites.
Des parallèlles.
Les châteaux de sable sur la plage de Trouville.
Je compte les personnes qui montent dans le bus.
Yes we can.
Il a la nostalgie des matins silencieux.
Des ciels clairs.
Du vide dans sa tête.
Yes we did.
Si j'avais eu 20 ans en 1980.
Je tiendrais le monde dans ma main.
Insane.
Le hameau. Trois fermes. L'homme qui guérit avec ses mains.
L'urgence des villes, l'urgence toujours. Foule dans les gares, foule dans les trains qui filent.
Le chien trottine, suit la petite fille dans ses bottines.
La plage de Deauville. Sans âmes, cent, s'enflamment. La mer étouffe les feux. Les transes.
Loud, loud.
Un hôtel particulier rue A.
Je lis. Les autres bruits m'énervent
F. - C'est une balançoire.
Swingset.
La poudre sur la commode, dans une boîte en ivoire. L'ombre, la tienne, glisse sur le miroir. Profil mangé par la glace.
Les clowns se maquillent dans le fracas des applaudissements.
Too late for me.
Et ainsi. Forever and ever.
Fondu. Longue attente. Craquement d'une allumette. L'odeur de ta cigarette, volutes imprégnées, imiscées dans la fibre de nos vêtements usés. Smile.
Une tasse de chocolat brûlant. La mémoire des choses qui vont par paires: drapeau et hérisson. Coupe et machette. Le garçon et la fille. Les cinq doigts de la main et les enfants. Toi et moi.
Les nuages, formes légères, îles éphèmeres, archipels vagabondes, de la Turquie à l'Algérie. Sur les routes tordues, toujours présents, ces nuages, pâles et gris, noirs colère aussi.
A bout, au bout, où le vide commence, dans l'air électrique, à bout, au bout, au bord des frontières, les identités se cachent, Tel Aviv ou Buenos Aires, ici les mêmes figures. Les mots disparaissent. Quelqu'un les fera revivre un jour. Ils sortiront d'une bande magnétique, puissants comme des cris. A bout, au bout, dans l'ombre des fusils, à Tirana et en Angola, les invisibles se soulèvent et poussent les siècles à la renverse.
Yes we can
21:43 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note












