09 novembre 2008

Vendredi



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Commencer. L'image qui vient, la première: une porte rouge. Pourquoi rouge, je n'en sais rien, c'est la première image, c'est celle qui vient. Peu de choses s'inscrivent dans la mémoire. On se souviendra toujours de celles qui étaient véritablement surprenantes. Le reste est inventé, ré-inventé, relaté encore, frelaté. Voilà.
Commencer. Rentrer dans la peau, rester dans la peau, pour l'éternité d'une seconde. La porte rouge. Le bon rêve. La campagne vide où je m'éveille. Fumerolles de brume sur les champs où la terre a été fraîchement retournée, cette terre qui s'accroche comme un mauvais gamin à vos godasses, qui dit: ne m'oublie pas là où tu pars, si c'est une autre terre.
Dans le bus, la lumière porte le chagrin sur les visages, les néons choquent l'ennui de cet habitacle où les regards des passagers s'évitent. Pourtant cette lumière blanche, artificielle, est la même qui rend les rues plus belles et qui éteint le vacarme de la ville. Dans ce bus, dans ce carosse à moteur, respirer. Les oublier un peu ces gens, les laisser vivre eux, et revenir ici, à l'intérieur.
Frapper doucement à la porte rouge. Demander encore plus doucement: qui est là? Les souvenirs enfouis se sont cachés ici, à l'abri. Ils reviennent souvent comme les vagues. C'est ici. La mer froide du nord vient contre le sable se poser, pareille à la main qui caresse le dos. C'est ici, l'apaisement, la suspension du temps, une, deux secondes, la plongée dans le sang ocre bleu de la mer; mes poumons forts, mes poumons pleins d'air, assez pour s'enfoncer plus loin dans la profondeur.
Commencer encore. Le noir. C'est le tableau de Jasper Johns qu'elle regarde avec intensité. Tout ce noir profond qui coule dans le blanc de la galerie. La pâleur somnifère se fige sur son visage. Rester immobile maintenant, parfaitement immobile.

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