04 octobre 2008

Vendredi

Lightning.

La température baisse. A la lumière noire écrire. Dans ce recoin du monde, je marche et j'écris. Il n'y a personne dans les rues, dans les immeubles les voix se sont tues, seuls les coeurs respirent; leurs souffles habitent le silence.
La marche rythme mes pensées; les mots s'alignent, graves ou joyeux. Je suis grisée par le calme. Je laisse faire l'instant. Les revenants se terrent ailleurs, sans moi, pour une fois.

Mes doigts glissent sur la tranche des livres. J'aime ce contact intime qui donne envie d'écrire, d'écrire même n'importe quoi. Je suis dans une librairie, rue C, on est dimanche, c'est un jour de miel. J'achète un livre, un autre encore. Dehors, à la terrasse d'un café, un déjeuner se prolonge. Je rentre. Je croise les passants, les rares passants du dimanche. L'hiver semble loin. La Seine a milles yeux.

L'écriture est une adoption.
L'inspiration un bizarre murmure.

Sur la table, feuilles blanches posées devant moi, odeur de ta cigarette mélangée à celle de l'encens; ma main couvre mes yeux pour les défatiguer. J'appuie fort sur les paupières fermées; sans savoir pourquoi me vient à l'esprit le visage de Marguerite Yourcenar. J'essaye de l'imaginer jeune femme en Amérique, à Mount Desert, son île. Je reprends une page du livre "Feux". Je lis: "Quand je te quitte, j'ai au fond de moi ma douleur comme une espèce d'horrible enfant". La phrase résonne contre mes tempes. Elle fait écho à de vagues souvenirs, présents encore, fidèles jusqu'à la tyrannie.

Je t'appelle en silence pour me réfugier dans tes bras et y retrouver cette sensation d'un réconfort qui sauve de tout.
L'endormissement me guette. C'est Dimanche et je veux prolonger le temps. Voile sur la page. Maistre avait écrit le "Voyage autour de ma chambre"; j'ai trouvé un titre pour un roman que je n'écrirai pas: "Voyage en sommeil". Il pourrait commencer ainsi: ...hier, dans un temps inconnu, je voguais sur le Nil, les yeux clos, bercée par le mouvement des rames des bateaux tout proches. J'ouvrais les yeux; une ville mirage s'étendait au long de l'horizon, couverte par la blancheur du ciel, entourée par une oasis. Des hommes en costumes fumaient sur les terrasses de villas couleur de craie....

Je plonge dans la nuit comme dans un abîme où rien n'est à craindre, ni les bêtes, ni la souffrance. Dans la ville blanche les volets sont clos. J'entendais dimanche, à la radio, qu'un cargo russe, arraisonné par des brigands somaliens, était encerclé par des navires de guerre. Le cargo, chose immense sur la mer opaque, transportait des dizaines de chars de guerre dont la destination est inconnue... Peu importe, j'en reviens au Nil ou bien un autre fleuve, eau froide et chaude selon le courant, ruban liquide jaune et turquoise; toute une vie gargouille là dessous. La ville mirage s'éloigne, les pelouses, les salons vides, les pièces où reposent Dieux et fantômes et où les hommes sont des statues...

La température baisse, le bruit tombe de fatigue aussi. J'écoute la voix du chanteur du groupe Beirut pour me bercer.

Je n'ai pas écrit de lettre à N. C'est trop tard ou trop tôt peut-être, enfin ce n'est pas le moment.

Demain, je vais poser un cierge pour penser à celles et ceux qui ne sont plus là mais qui restent près de nous comme des veilleurs.

 

 

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