04 octobre 2008

Vendredi

Lightning.


La marche rythme mes pensées. Les revenants se terrent ailleurs, sans moi, pour une fois.

*

Mes doigts glissent sur la tranche des livres. J'aime ce contact intime qui donne envie d'écrire, d'écrire même n'importe quoi. Je suis dans une librairie, rue C, on est dimanche, c'est un jour de miel. J'achète un livre, un autre encore. Dehors, à la terrasse d'un café, un déjeuner se prolonge. Je rentre. Je croise les passants, les rares passants du dimanche. L'hiver semble loin. La Seine a milles yeux.

*

L'écriture est une adoption.

*

Sur la table, feuilles blanches posées devant moi, odeur de ta cigarette mélangée à celle de l'encens; ma main couvre mes yeux pour les défatiguer. J'appuie fort sur les paupières fermées; sans savoir pourquoi me vient à l'esprit le visage de Marguerite Yourcenar. J'essaye de l'imaginer jeune femme en Amérique, à Mount Desert, son île. J'ouvre son livre "Feux". Je lis: "Quand je te quitte, j'ai au fond de moi ma douleur comme une espèce d'horrible enfant". La phrase résonne contre mes tempes. Elle fait écho à de vagues souvenirs, présents encore, fidèles jusqu'à la tyrannie.

Je t'appelle en silence pour me réfugier dans tes bras et y retrouver cette sensation d'un réconfort qui sauve de tout.

*

Je plonge dans la nuit comme dans un abîme où rien n'est à craindre, ni les bêtes, ni la souffrance. Peu importe, j'en reviens au Nil ou bien un autre fleuve, eau froide et chaude selon le courant, ruban liquide jaune et turquoise; toute une vie gargouille là dessous. La ville mirage s'éloigne, les pelouses, les salons vides, les pièces où reposent Dieux et fantômes et où les hommes sont des statues...

 

 

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