20 septembre 2008
Samedi
En bas, samedi, l'enfant pleure encore. Deviens-tu folle de l'entendre alors que la rue est vide quand tu ouvres la fenêtre? La réponse te fait peur ce soir. Tu t'es pourtant souvent posée cette question, pas seulement aujourd'hui, mais d'autres jours, d'autres nuits, dans le silence et dans le bruit. La folie. Etait-ce une chose présente dans la constellation de planètes qui flottaient, cadavres chimiques, au dessus du toit de ton berceau un midi de juin? Tu ne sais pas, tu cherches une explication, une autre, pendant que dans ton esprit une voix se déclenche pour te blâmer de ces interrogations inutiles.
Mille ans ont passé. Tu es loin de la folie, c'est pour cela que tu en as peur. Et cette nuit, la fatigue n'améliore rien. Ton corps te lâche. Ton esprit s'en sort comme il peut, comme un poisson qui manque d'air. Toutes les nuits depuis une semaine sont mauvaises, courtes, hurlantes, pareilles aux sirènes qui se déclenchent pendant les guerres. Le matin tu te traînes comme tu peux hors du lit, en rêvant d'hibernation, alternative commode à cette baisse de forme. C'est l'hiver, la reprise, c'est plein de choses, penses-tu pour te rassurer, plein de choses normales, qui n'arrivent pas qu'à toi. Le miroir te renvoie chaque fois une image que tu méprises, tu souris quand même à ce visage, tu penses que ton orgueil te perdra, mais que l'humour pourra te sauver la mise. Dehors la ville est grande, pesante, et les gens s'ignorent avec habitude. Tu marches avec eux, dans tes pensées, tu remercies le ciel de ne pas être dans les leurs. Les vitrines présentent les vêtements que tu n'achèteras pas, les canapés qui ne trôneront pas dans ton salon, les tableaux qui ne seront jamais accrochés à tes murs. Tu n'es pas triste, pas vraiment, sombre, épuisée plutôt, sans énergie. Le bus arrive. Les immeubles défilent, tu voudrais que le trajet se prolonge, tu as encore sommeil.
*
Au bureau un collègue te dit que la vie est courte et que les journées sont longues.
*
Que va t'apprendre cette séparation? A parler plus? A faire moins semblant? A aimer l'effort, toi qui le déteste?
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