08 septembre 2008
Lundi
Le vent grossit, le sable envahit lentement la mosquée de Sankore. Hier. A Tombouctou du sable , le même, peut-être un autre, coule entre les pierres de la maison de l'explorateur Lenz. Il habite là en Juillet 1880. Son nom est écrit sur une pancarte, rectangle de bois clair, posée juste sous le trou arrondi qui sert d'entrée à une maison étroite où les corps, quand il y entrent, se griffent aux murs durs, aux murs nus où se creusent déjà les crevasses de la sécheresse, où les corps griffés par les murs attendent dans la pénombre, où leurs mains à ces corps en attente, leurs mains touchent le bois d'une table, touchent le papier dessus qui vole quand on ne le retient pas, le papier où l'homme qui a perdu ses couleurs écrit en noir, dessine des mots qui sont légers comme des soupirs, les mots impossibles pour ces corps qui attendent et respirent, avalent la poussière, avalent la chaleur qui ne perce plus les poumons. La pancarte raconte ce qui n'est pas écrit et que corps en attente ne lisent plus: ici vit Oskar Lenz, qui raconta son histoire dans de grandes salles froides, dans l'hiver praguois, marchant dans les rues, affairé, rouleaux sous le bras, toute l'Afrique connue et à connaître, là, enroulé sous le bras maigre du géologue Oskar, marchant plus vite soudain, cavalcant presque sur les pavés près de la vieille tour Dalibor, ce jeune Oskar, qui venait d'Autriche, qui vivait d'Afrique, qu'on faisait s'assoir sur des fauteuils qui lui faisaient mal car la dureté des sols battus lui manquerait toujours, cher Oskar, la terre africaine, dure, sèche, où les épées se cassent et perdent la mémoire, et les drapeaux ne se plantent plus et ne font pousser ni victoire, ni civilisation juste...
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Quelle est l'histoire d'Oskar Lenz? On pourrait dire que c'est celle d'un danseur. On aurait rien dit. On aurait peut être tout dit. En marchant à Vienne, à la sortie du musée d'ethnologie où l'on aurait vu les objets de la collection Baumann et Lenz, on pourrait, si on en trouvait un peu le courage, lire l'opus magnus de Lenz, son Timbuktu, sous titré, Reise durch Marokko, Sahara und Sudan, gros ouvrage qu'il fait publier à Leipzig en 1884.
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A SooB, où il est mort, il serait possible, sans doute, de questionner les fonctionnaires de la mairie pour s'enquérir de ce qu'il pourrait rester des archives personnelles du Dr Lenz. On répondrait qu'elles ont certainement disparues, que dans le cas contraire, elles sont peut-être à Prague, à Baden, à Leipzig éventuellement, si vraiment elles existent encore. Besognes inutiles. On aurait pris des trains, des bus, des métros. On aurait vu du paysage. Mais on aurait les mains vides, assez vides en tout cas. Sur un carnet de notes, on pourrait écrire "rien" à la place d'une réponse à la question: que reste t-il du Dr Lenz? Rien en dehors d'un ensemble informe d'articles en français et en allemand sur les géographes spécialistes de l'Afrique, articles savants dans lesquels surnagerait le nom de Lenz. Rien en dehors d'une masse imprenable de livres sur Tombouctou. A supposer qu'on en lise quand même un échantillon, on y trouverait souvent les mêmes informations: présence attestée de Lenz à Nioro et à Tombouctou au cours de l'été 1880. Du lien entre Lenz et Baumann, consul honoraire d'Autriche à Zanzibar, on ne pourrait pas dire grand chose, non pas faute de documentation, mais faute de temps, faute de pouvoir s'intéresser à tout sans risquer de finir par ne s'intéresser à plus rien d'autre.
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Commentaires
un petit commentaiere pour te dire qu'il est très laisant de lire ton blog ;)
Ecrit par : MBark | 07 décembre 2008
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