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28 mai 2008
Mercredi
Passage par le Bon Marché en quête du DVD du dernier film de Fatih Akin.
Le Bon Marché est-il une fantasmagorie à la manière dont Walter Benjamin les définissait? L'art de faire voir des fantômes?
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Un verre de vin. Je suis gâtée.
Le dîner repose. Je dispose. Ou presque.
A Belle-Ile, où je ne suis pas, ma nièce se donne l'étrange surnom de Mademoiselle Grimace.
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Je regarde une coupure de presse échappée d'un dossier sur l'Autriche contemporaine. Un dossier à charge? Je ne sais pas. Je lis des extraits de journaux sur des faits divers des trois dernières années. L'encavement de Amstetten. L'affaire Kampusch.
Comment ne pas mettre face-à-face ces récents récits d'emmurées autrichiennes et le titre de quatre textes de l'écrivain Thomas Bernhard (L'Origine - La Cave - Le Souffle - Le Froid - Un enfant)? Comme si la littérature, par certains aspects, avait un déplaisant pouvoir de prédiction.
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Je me demande à quoi sert exactement le minuteur qu'elle tripote et trimballe avec elle depuis cinq ou six secondes.
Un indicateur de temps?
Allons! Il y en bien assez.
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25 mai 2008
Samedi
Coupure, sur le pouce. Longue ligne qui sépare la chair de l'empreinte. Perle rouge. Mon sang? Bon sang!
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Discussion avec P. Sur le chômage. Sur la crise. Est-ce que tout va vraiment mal?
Elsa a chanté en italien. A l'époque, la crise, le chômage étaient des mots, plus embêtants que d'autres, mais sans substance aucune, ni pour moi, ni pour les autres.
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Premières pages du Voyage avec deux enfants de Guibert.
Je ne sais pas ce qu'il veut faire. Que demande t-il au lecteur? Un voyage, avec lui, dans cette réfléxion en abîme sur l'attirance masculine pour les enfants? Combien notre regard sur ce récit est-il modifié, modelé, par l'actualité récente; par, depuis une dizaine d'années, ces procès repétés infernalement, sur la pédophilie?
Je m'efforce de lire, sans tenter autre chose, simplement lire. Je m'aperçois que Guibert erre. Ce roman est comme un méduse, corps mou dans l'océan, détaché, lumineux parfois, et qui finit, à vous approcher trop près, par provoquer une brûlure désagréable qui donne la nausée.
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Début de rhume.
J'ai avalé deux comprimés et j'attends...que ma tête sorte de cette ambiance cotonneuse où elle baigne.
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A Beyrouth peu de nouvelles données, peu de nouvelles demandées.
Les pensées suffisent-elle?
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Silence du matin. Souffle de cet ordinateur sont j'imagine les circuits intégrés cramoisis.
La rue est calme.
Dans les journaux du matin, mort incertaine du chef des FARC. Le même coup qu'avec Arafat: l'observation -pour quoi?- de l'agonie. Je m'attarde en pensée sur ce si particulier regard des journalistes -de nous aussi, derrière eux comme les enfants derrière la foule dans les évènements - qui ressemble à celui d'un scientifique sur le corps d'une baleine échouée.
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Promenade? J'irai bien le long d'un chemin, croiser des papillons et des araignées d'eau.
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09:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18 mai 2008
Dimanche
Jeudi. Déjeuner de travail un peu guindé -est-ce le mot, vraiment? Pesanteur des obligations de silences. Taire ce qu'on aime vraiment. Taire qui on aime vraiment. A la place: ce qui n'est pas nous, pas même un ersatz... Un instant -par quelle magie? , je m'échappe de l'ennui. J'ose, moi qui ose si peu. Je demande, comme Platon (orgueil des références), pourquoi l'âme est déchue? On me répond que c'est une question sans réponse. Je dis: je sais, mais j'aime l'entendre, simplement...., l'entendre.
San Francisco. L'avion quand il arrive sur l'aéroport. Sensations diverses. L'envie prématurée de se perdre encore, de n'être personne c'est-à-dire quelqu'un qui n'a pas de passé et dont l'avenir lui importe peu. Portes coulissantes en verre. Couloirs immaculés. La musique accompagne les pas des voyageurs. Je récupère mes bagages sur le tapis roulant qui ressemble à un manège. Je mâche un chewing gum. Mes bras me semblent immenses. Mes jambes me portent mal après 6 heures en position assise. Je regarde les horloges indiquer un autre temps. Je m'installe sans le vouloir dans un autre rythme. Je sors de ma poche des lunettes noires. Je marche avec mon grand sac que je tiens comme un chien en laisse. Dans le métro je regarde les gens, les touristes, les autres. Je suis comme dans un aquarium. Arrivée à Berkeley, la chaleur m'agresse, je sens ma peau rétrécir, mes muscles s'échappent. Je me modifie....
Aujourd'hui. Lecture de quelques pages du Ravelstein de Saul Bellow. Biographie à clefs de l'intellectuel Allan Bloom. De ce dernier très peu de choses lues, beaucoup de choses entendues pendant mon séjour outre-manche: insupportable homme, arrogance, etc, etc... Je regarde une photo de lui sur un journal. L'article est écrit au vitriol. Le journal est Village Voice. Bloom était considéré comme hyppocrite par la gauche intellectuelle américaine: un gay qui ne s'assume pas, un chercheur qui vend des milliers de copies de ses livres mais, comme Georges Steiner, prône une attitude stricte à l'égard de la connaissance qu'il ne faudrait pas, selon lui, mettre dans toutes les mains...bref quelque chose somme un ovni. Pour moi un homme et ses contradictions, imaginaires ou non. Pour Bellow une sorte d'ogre assez ignoble et cependant attirant pour son génie. Le sujet devrait me plaire mais le livre me tombe des mains. Trop de self-centering... Trop de cette intelligence froide, hyper rare, mais glaçante, bien trop pour moi.
Lourdeur du temps. Fatigue bue t et rebue. Finalement, le vélo me fait du bien, l'air, la campagne, la route. Tout cela était absent de ce week end clôturant une semaine infernale. Et puis? Je ne me plains pas. Les choses vont. Tout est bien qui finira bien.
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