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27 avril 2008

Dimanche

19h00: l'heure des pendus disait leur grand-mère. L'heure des suicides. Et ça la faisait rire, elle, mais pas eux, qui auraient bien voulu qu'elle se taise ou bien alors qu'elle dise des choses plus agréables, des choses qu'une grand-mère -une vraie- dirait.

Voyons...
Quand cela s'est-il passé?
C'est bizarre comme le temps passe. Des choses d'hier paraissent s'être déroulées il y a des centaines d'années, d'autres qui datent effectivement de centaines d'années semblent avoir eu lieu la veille...

Je ressens cela en regardant les murs de la tour du château de Dourdan. Les calvaires et les carrés magiques dessinés par les prisoniers retenus dans cette tour me semblent avoir été gravés il y a quelques jours; grattés par des mains perdues. Comment vit-on ces instants? L'approche de la mort? La question n'aura pas de réponse, je le sais.
J'avance dans les ruines reconstruites de ce monument qui fait le principal héritage touristique de la région. Tu lis pendant ce temps. Comme à ton habitude tu comptes les pages qu'il te reste avant la fin d'un chapitre. Tu ressembles à un conducteur qui doit faire un long parcours et qui se demande combien de kilomètres il lui reste avant de sombrer dans le sommeil. Tu lis avec prudence et concentration, tout comme tu conduis avec cette attention à ta fatigue, à ta forme.

De la musique passe. Passe et puis s'arrête. Un air vient que j'aime. Il me fait penser à une Asie imaginaire toute en ruelles, toute en silhouettes d'individus portant des draps comme seuls vêtements, aux visages sans âge, creusés par les rides. J'imagine rouler avec toi le long de la route mandarine, comme Dorgelès intitule un de ces romans, en référence au chemin du même nom, érigé au 18è à l'initiative de Gia Long, premier empereur du Vietnam, afin que les hauts fonctionnaires de son empire -les mandarins- puissent plus facilement parcourir les milliers de kilomètres qui relient aujourd'hui Saïgon à la Chine...


Un livre est posé près de toi. Tu en tiens un autre que tu lis. Tu approches les pages de ton visage comme si tu voulais mieux les sentir. La musique passe encore. La petite lumière sur la caisse en bois est allumée et veille sur ta lecture. Tes doigts vivent indépendamment de tes yeux. Ils caressent la couverture, puis ils passent dans tes cheveux, grattent ton crâne. Ce livre t'ennuie un peu, on dirait. Tu évalues ce que tu as déjà lu en te demandant comment l'auteur a pu rédiger autant. Tu es dubitative. Tes doigts de pieds font de la gymnastique. Tu baîlles. Tu es en Italie maintenant, quelque part où des gens toussent. Un roman de Satta qui se prenait pour Mann. Tout à l'heure tu as nourri ton portable de chiffres qui sont les identités numériques des gens qui sont dans ta vie.

Une brioche meurt sur la table à manger.
Le muguet est en fleur. C. est stressée et je ne sais pas vraiment quoi faire et je me sens un peu coupable...
Tout ira bien. C'est comme cela...

Je reviendrai à Mephisto un jour ou l'autre. Pour me comprendre.
Qu'on ne me demande jamais pourquoi les Editors c'est du rhum arrangé à la butte-aux-cailles...

Quelle force dans la correspondance entre Sand et Flaubert. Quelles personnalités!

En Israel on rationne.
Je vis cette information comme dans un rêve.
Où va t-on?

Souvenir d'une phrase entendue dans un pub il y a presque 7 ans: things were all smashed and he layed dead on the floor... 

La cicatrice de la brûlure ne part pas. Je la vois encore comme une petite tâche qui décolore la peau.
Tu me demandes si je fais de la batterie à cause de ma jambe nerveuse.
Je te demande pardon.
Est-ce que je demande trop pardon? Suis-je trop bien élevée?
Puis tu dis que tu m'aimes.
Alors je peux arrêter de me poser des questions?

Sous ton pouce la tranche des feuilles. Les feuilles sont tranchantes. Un livre m'a blessée comme cela. Je ne me souviens plus -Augérias ou Camus?- une longue entaille sur l'empreinte de l'index en tout cas - j'avais lâché le livre - vite - et j'avais regardé ce que le livre m'avait fait. Piqûre vive. J'en avais voulu aux pages et j'avais eu envie d'arracher la feuille coupable. Le livre avait valdingué. 

La musique passe. Une autre. L'écriture est plus forte que moi.
L'écriture doit être égoïste, sinon elle prend le risque d'être mise sous dépendance -commerciale ou autre-...

Par hasard je tombe sur le blog de Caroline Fourest.
Cet exercice du blog (car c'est un exercice...) par une intellectuelle militante, à l'heure du triomphe des medias populaires, me rend perplexe. Je ne sais pas précisément pourquoi. Pour moi, la recherche et la pensée s'accomodent mal des contraintes et des limites du blog. Dans le cas de Fourest (et d'autres), le blog est un agenda interactif. On accède à une part du chercheur qui relève du jeu social. S'exprimer dans un pays où l'expression est libre, peut aussi relever de la comédie. Il faut de l'art comique pour maîtriser le théâtre où se déploie la parole publique. Il faut de l'art tragique pour y demeurer. Et souvent on cède beaucoup à cet impératif théatral que la parole demeure où elle a été posée. Ma perpléxité prend là racine. Les intellectuels s'agitent sur la scène publique comme des automobiles dans un parking. Il faut trouver sa place, la meilleure, et y rester. C'est le fait de rester -malheureusement- qui vous donne alors de la valeur et de l'interêt. Le blog, les livres, les conférences que donnent Fourest cela s'ajoute à quoi? Cela oeuvre pour quoi dans son oeuvre?

Tu as posé le cendrier sur ton thorax, près de tes poumons. C'est drôle de voir comment tu y déposes la cendre de ta cigarette.
Tu penses que les Throwing Muses ne sont pas pires que les Smiths.
Ah bon?

Je vais arrêter, je crois... 

 

 

 

15 avril 2008

Mardi

Pour écrire  il faut du temps. Le temps est peut-être plus important que l'inspiration. Sans doute parce que l'inspiration a besoin de temps.

 

*

Les lycéens. Les très jeunes lycéens. Les rêveries des lycéens. Les paroles, les engagements, les angoisses... Ils les jettent, on les prend.  

 

*

 

Des parents élèvent leurs enfants comme des artisans. D'autres parents les élèvent comme des commerçants.
On ressent tous une espèce de saturation face à l'actualité. Ce n'est pas l'espoir qui nous manque. On en a trop: signe que la vie trébuche. Sans doute manque t-on d'espérance. D'envie. De certitude. 

Il reste la poésie. Ce qui se passe entre les secondes. Parce qu'on en reçoit trop par ailleurs. Trop de nouvelles, trop de détails, trop de responsabilités. Tellement de choses, et des choses si importantes.

Je veux juste du temps en plus de tout cela. Pas le temps qu'on voudra  bien me donner à ma retraite. Un autre temps, qu'il ne faudrait pas demander, qu'on ne devrait pas quémander ou justifier. 

Peut-être que je veux des vacances...c'est tout, c'est simple. 

12 avril 2008

Samedi

On peint une caisse en bois. Elle peint, je regarde.
Je n'ai pas reglé la facture du téléphone. Tout ce que j'aime.
Je me suis fait plusieurs amis aujourd'hui: les MGMT, les PONI HOAX, et les EDITORS. Des gens très bien. Jean-Louis SCHEFER également. Et enfin, Jean-Jacques VITON.

 

 *

Flaubert: "Je me perds dans mes souvenirs d’enfance comme un vieillard... Je n’attends plus rien de la vie qu’une suite de feuilles de papier à barbouiller de noir. Il me semble que je traverse une solitude sans fin, pour aller je ne sais où. Et c’est moi qui suis tout à la fois le désert, le voyageur et le chameau. "

 

*

Le monde universitaire. La snoberie du monde universitaire. Je l'ai fuit. Je manquais d'ambition.
Ambition. Vient du latin ambitio. Arrivée en France par les Alpes, au XIIIè? Les hommes commencent par l'amour et finissent par l'ambition (La Bruyère).
Je commence et je finis par l'amour... 

 

*

En 1838 on découvre une maladie oculaire: l'amblyopie. C'est une disgrâce de la vue, un affaiblissement de cette dernière sans qu'aucune lésion organique ne soit apparente.  C'est une maladie fonctionnelle où les images sont comme retenues à une frontière. L'oeil est paresseux. Pour réduire le risque que celui-ci devienne aveugle, il faut stimuler la vision à nouveau...

 

*

Je ferme les volets.
J'écoute encore la musique.

06 avril 2008

Dimanche

Dis manche? Manche de pull, pull vert d'eau, qui vient de Deauville.
Donc.
Dis, manche, que dis tu d'un thé, encore plus chaud que ce tiède thé là, dans la tasse bleu ciel? Quel contraste cette couleur claire, avec un ciel qui lui est gris, honteusement, ou plutôt, énergiquement gris. Comme un état d'âme ou bien une roue de bicyclette voilée.
Te voilà (je t'écris), allongée, assise, en fait un peu des deux (les canapés permettent cela). Tu corriges. Tu remets en ordre avec un stylo rouge. On ne devrait pas dire que c'est une correction, mais autre chose, si c'était possible.
Bon... (pause). Film. Radio. Quelques lignes d'un roman qui commence bien. Fin de dimanche. On en dira toujours, souvent la même chose. Du granit des villes surgit l'angoisse du lundi, et l'impatience à voir arriver un autre week end.
Ca sonne. Mais non, c'est autre chose, c'est un portable dans la rue.
Soupir. Et silence.
Musique classique? Je ne sais pas. Des livres encore des livres. Il n'y en a pas assez. Non, pas assez.
Tournis hier après longue fête.
Gueule de bois. Souvenirs de fac. Non, je n'en suis plus capable. C'est presque fini. Sans aucun regret.
Phrase retenue aujourd'hui: "métaboliser ce qui fait mal, ne pas le séquestrer".
Vais-je mal? Non, non évidemment. Le mal ne se dit pas. On va mal, vraiment, quand on se tait, quand les paroles ne suffisent pas.
Dis manche. Il serait temps, non, de raconter une histoire?
Je peux le faire. Mais je n'irai pas jusqu'au bout. La fin m'angoisse. Pour tout.
Etrange.
Bizarre. (...vous avez dit "bizarre").
Let's hear some sound...
Se dire. Se dévoiler. A qui, a quoi cela sert?  Pourquoi le faire, si cela ne sert à rien et à personne? 
Questions vagues. Les questions empêchent souvent de "faire" ce qu'elles disent.
Toccata et fugues de Bach. Il était une fois un type devant un bureau qui écoutait le son de son air conditionné.
Cette nuit j'ai rêvé de la mer. J'ai marché sur une plage, sans fatigue, pendant des heures. Et je n'ai rencontré personne.
Les stylos restent sages dans le verre. Eux ça ne leur fait rien d'attendre. Ils ne sont pas inquiets d'être inutiles. Leur utilité est un fait qui ne les obsèdent pas. Ils se définissent autrement. D'ailleurs....oui d'ailleurs, d'où vient, chez beaucoup d'entre nous, cette obsession pour ce qui est (doit être) utile? Comment était-on à l'aube de la conscience, assis dans des grottes, ou bien dehors, le nez en l'air. On aurait pu ne rien faire. Est-ce qu'on a fait les choses pour se rendre utile, ou bien se sont-elles imposées à nous?
Quelle question!
Crépuscule. Bruit de l'ordinateur qui remplace un chat et ne coûte rien en litière. Le thé est frigorifié.
Soupir.
La presse sur internet? Le sujet tarte à la crême. On nous oblige sans cesse à admirer ce qui est neuf, innovant, différent, alors que bien souvent il s'agit d'une simple évolution des choses. Rien d'original.
Baîlle. Baîlle. Baîlle.
Tu murmures des chiffres que tu additionnes. Bruit des pages, des feuilles, du ronron de l'ordinateur (encore). Bruit du sommeil qui tombe "doucetment" comme disait ma tante.
Ecrire sur Méphisto.
Méphisto: Dans une sculpture de Marc Antokolski, on voit un homme maigre, avec une barbichette et un regard acide (qui regarde on ne sait précisément où). On voit cet homme, nu, assis sur une pierre, en attente (mais en attente de quoi?). Méphisto c'est une image, un symbole, une allégorie, tout à la fois. C'est une représentation qui regarde l'image qu'on lui (r)envoie. Méphisto attend. Il vit d'espoir, de ruse, de méchanceté. Il ne vit pas au présent puisqu'il veut contrôler le futur, celui d'autrui, pour en oublier le sien.

 

Image:MAntokolsky_Mefisto.JPG

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