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06 avril 2008
Dimanche
Dis manche? Manche de pull, pull vert d'eau, qui vient de Deauville.
Donc.
Dis, manche, que dis tu d'un thé, encore plus chaud que ce tiède thé là, dans la tasse bleu ciel? Quel contraste cette couleur claire, avec un ciel qui lui est gris, honteusement, ou plutôt, énergiquement gris. Comme un état d'âme ou bien une roue de bicyclette voilée.
Te voilà (je t'écris), allongée, assise, en fait un peu des deux (les canapés permettent cela). Tu corriges. Tu remets en ordre avec un stylo rouge. On ne devrait pas dire que c'est une correction, mais autre chose, si c'était possible.
Bon... (pause). Film. Radio. Quelques lignes d'un roman qui commence bien. Fin de dimanche. On en dira toujours, souvent la même chose. Du granit des villes surgit l'angoisse du lundi, et l'impatience à voir arriver un autre week end.
Ca sonne. Mais non, c'est autre chose, c'est un portable dans la rue.
Soupir. Et silence.
Musique classique? Je ne sais pas. Des livres encore des livres. Il n'y en a pas assez. Non, pas assez.
Tournis hier après longue fête.
Gueule de bois. Souvenirs de fac. Non, je n'en suis plus capable. C'est presque fini. Sans aucun regret.
Phrase retenue aujourd'hui: "métaboliser ce qui fait mal, ne pas le séquestrer".
Vais-je mal? Non, non évidemment. Le mal ne se dit pas. On va mal, vraiment, quand on se tait, quand les paroles ne suffisent pas.
Dis manche. Il serait temps, non, de raconter une histoire?
Je peux le faire. Mais je n'irai pas jusqu'au bout. La fin m'angoisse. Pour tout.
Etrange.
Bizarre. (...vous avez dit "bizarre").
Let's hear some sound...
Se dire. Se dévoiler. A qui, a quoi cela sert? Pourquoi le faire, si cela ne sert à rien et à personne?
Questions vagues. Les questions empêchent souvent de "faire" ce qu'elles disent.
Toccata et fugues de Bach. Il était une fois un type devant un bureau qui écoutait le son de son air conditionné.
Cette nuit j'ai rêvé de la mer. J'ai marché sur une plage, sans fatigue, pendant des heures. Et je n'ai rencontré personne.
Les stylos restent sages dans le verre. Eux ça ne leur fait rien d'attendre. Ils ne sont pas inquiets d'être inutiles. Leur utilité est un fait qui ne les obsèdent pas. Ils se définissent autrement. D'ailleurs....oui d'ailleurs, d'où vient, chez beaucoup d'entre nous, cette obsession pour ce qui est (doit être) utile? Comment était-on à l'aube de la conscience, assis dans des grottes, ou bien dehors, le nez en l'air. On aurait pu ne rien faire. Est-ce qu'on a fait les choses pour se rendre utile, ou bien se sont-elles imposées à nous?
Quelle question!
Crépuscule. Bruit de l'ordinateur qui remplace un chat et ne coûte rien en litière. Le thé est frigorifié.
Soupir.
La presse sur internet? Le sujet tarte à la crême. On nous oblige sans cesse à admirer ce qui est neuf, innovant, différent, alors que bien souvent il s'agit d'une simple évolution des choses. Rien d'original.
Baîlle. Baîlle. Baîlle.
Tu murmures des chiffres que tu additionnes. Bruit des pages, des feuilles, du ronron de l'ordinateur (encore). Bruit du sommeil qui tombe "doucetment" comme disait ma tante.
Ecrire sur Méphisto.
Méphisto: Dans une sculpture de Marc Antokolski, on voit un homme maigre, avec une barbichette et un regard acide (qui regarde on ne sait précisément où). On voit cet homme, nu, assis sur une pierre, en attente (mais en attente de quoi?). Méphisto c'est une image, un symbole, une allégorie, tout à la fois. C'est une représentation qui regarde l'image qu'on lui (r)envoie. Méphisto attend. Il vit d'espoir, de ruse, de méchanceté. Il ne vit pas au présent puisqu'il veut contrôler le futur, celui d'autrui, pour en oublier le sien.
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