07 juin 2009
Dimanche
Un hôtel de charme sur la côte. Ca fera oublier Bastille, le bruit des cyclos au Vietnam, les grondements de l'orage. Bref, un peu de silence ne me nuira pas.
Peut-être même que j'irai au bout de cette jetée.
Peut-être.
La mer sera grise et fatiguée.
Je me tiendrai droite et le vent me filera des gifles et le sel emmêlera mes cheveux et la bruine glissera sous ma peau et rouillera mes os. Dans ma tête, au delà du silence bruyant de la mer, je composerai une lettre, une lettre qui a commencé il y a bien dix ans, une lettre qui s'écrit à l'encre invisible, l'encre que déversent les souvenirs et les rêves. Je commencerai par une question: comment est-ce arrivé?
....
Et voilà, je m'arrête encore. Je reste au seuil de la vérité qui n'ose pas être dite. Ce n'est pas un grand secret. Ni terrible. Ni triste. Ce n'est rien au fond, rien qu'un poids qui ne s'en va pas et que l'écriture dérange à peine.
Je suis lasse.
Et lâche aussi.
Je pense trop. Ha! combien de lignes alignées, combien de mots tendus, combien qui ont tissé des toiles d'araignées, des amas de ronces, des forêts de discours droits comme des soldats qui ont formé barrières sur un chemin où plus rien n'est animé. J'avance par détours ce qui rend mon périple plus long.
L'envie de taire est plus forte que l'envie de dire.
Multiples verrous, multiples cadenas.
Etre son meilleur ennemi. Voilà ce qui ne change pas.
Je ne vais pas écrire autrement ce soir, la longue confession est dite ailleurs. Il fallait le préciser. C'est fait.
Tu m'as fait lire quelque chose qui m'est famillier. Cela parle d'une envie de changement qui nécessite la fin des dépendances. Devenir l'autre qu'on est pas. Remonter la pente.
J'ai lu. Deux fois. Je n'ai rien ressenti ou presque. Ca m'effraie, vois-tu? Suis-je totalement insensible à "ça"? Ou est-ce simplement (et c'est triste aussi) le refus de voir, d'entendre? Il me semble que je vois trop et que j'entend trop aussi. Des années que cela dure. L'habitude ronge l'envie de faire autrement. Il faudrait que l'urgence s'impose, le besoin, l'autorité du fait accompli qui reste à accomplir. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire?
Car tu es sans peur devant la vérité. Tu l'as affrontée et tu as gagné. Moi, j'ai tourné autour comme un toréador, j'ai approché ma main et puis je l'ai retirée, je me sentais mieux à l'abri derrière la grande cape rouge, je la faisais tournoyer comme un magicien, des gestes rien que des gestes. J'ai fabriqué une illusion immense comme un rempart. Du haut de cette tour de mots, d'excuses, de tentatives ratées de détruire ce monument sinistre que j'ai construit, je te vois. Tu es un point en bas. Je te regarde attaquer, je te regarde essayer de comprendre. J'ai beau te crier de partir, tu restes. C'est l'amour qui te guide. Le seul qui puisse défaire l'illusion que je suis.
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