23 novembre 2007
Vendredi
Je me disais que "je" prend tant et tant de place aujourd'hui. Sujet imposé. "Je" est irrésistible.
*
Infini. Le bouquin traîne sur l'étagère. J'écoute Martin Rappeneau. Je jette un coup d'oeil à la porte et à l'étagère. La brume enveloppe Paris. On croirait un mirage.
Je pense à Macao. Sur l'autre rive. Port franc.
J'avais lu un autre roman qui se déroulait en Argentine. L'histoire d'un photographe. Je me souviens de pages sur une pension de famille nichée dans une rue de hasard. Des personnages comme on en trouve dans la littérature sud américaine. Absurdes. Disposés par leurs auteurs sur les frontières entre le réel et l'imaginaire. Ce flou me plaisait. Il m'a plu un long moment encore. Puis on se lasse, un peu, jusqu'à ce que nos goûts changent presque naturellement.
Je marchais avec N. Il a eu envie de plonger dans la rivière que nous longions. Il a plongé. J'ai regardé, avec le soleil, avec les arbres, regardé N. mettre et remettre la tête sous l'eau. Ces affaires pendaient à une branche. Je me taisais. Chacun son tour.
Deux ans après, détours après détours, on a beau changer, on reste soi.
*
C. m'écrit de Rome. Je l'imagine là-bas avec ses cours, ses séminaires, et cette manière singulière de ne pas vieillir. Autre souvenir: de photos prises sur le balcon de sa chambre universitaire en Angleterre. Les nuits nous laissaient muettes. Kilomètres de mots murmurés minute après minute. Ma voix m'endormait. Elle riait. Elle faisait mine de se taire, puis recommençait une autre histoire. Elle passait de l'anglais, au français, puis retournait à l'italien. Une certaine forme de mépris pour le conformisme la caractérisait. Elle le conserve encore. Incroyablement.
*
Aucun besoin de veilleuse. La lumière des lampadaires suffit. Un oiseau dort sur le capot d'une austin. Je commence à avoir froid. J'ai sommeil, un peu.
01:14 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21 novembre 2007
Mercredi
Ah, la, la, ça ne part pas, non, ça reste, c'est là, encore, cette image des deux chinois sur leur banc. Ils sont là, cigarette à la bouche, à bavarder en regardant les gens passer, préssés, fatigués. C'est la nuit, le crépuscule. Il y a les lumières des lampadaires, les lumières des devantures, les lumières des phares des voitures tout prêt. Eux, les deux chinois, sont assis et ne font rien. Ils fument et ils regardent. On les dirait heureux. On se demande qui ils sont. Lui, le premier, a un costume, une fine moustache, une cicatrice sur la tempe gauche. L'autre, le second, a un blouson gris, les cheveux en bataille, et il sourit en dévoilant des dents mal enchâssées. C'est une bouche bouleversante. Une histoire entière est là, qui s'est construite à l'autre bout de la terre.
Qui sont-ils ces beaux oiseaux là? On les imagine tamponner des dossiers dans une pièce vide et blanche. Ils tamponnent tant et si bien qu'un jour, Dieu sait qui, les autorise à sortir, et même à sortir loin, et même à sortir longtemps. Alors ils partent. Ils vont à l'aéroport. Ils prennent le premier vol. Ils ne regardent pas la destination. Et les voilà. Maintenant. A peine fatigués. Les voilà sur ce banc, cigarette à la bouche, s'amusant des passants, se prenant pour des rois, juste un instant. Les rois de la ville qu'ils ne connaissent pas. Les rois étrangers, si étranges sur leur trône en bois verni, décapé par les saisons. Les rois, dans leur posture un peu ridicule, jambes croisés, toisant les gens qui ne les regardent pas.
Soudain ils étendent les bras. Personne ne remarque. Ils sont satisfaits. Inconnus et fiers d'eux, les bras en croix pendant qu'un vague étendard flotte plus haut au-dessus d'eux. Ils n'attendent qu'eux mêmes. Ils ne poursuivent rien, pas même le temps. Cette nuit ils se perdront. Ils marcheront juste un peu trop et finiront quelque part.
20:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18 novembre 2007
Dimanche
Why I am so soft? So soft suddenly.
Like.
Falling into a well.
Or resting next to a leafless tree.
Give me some tea.
Even if you're gone.
Flags and hallucinations.
Winter.
Through all seasons.
*
J'étais ennuyée avec toi une fois, il y a longtemps, t'en souviens tu? Tu écris une longue lettre. Quelques pages arrachées à un cahier à spirales. Tu rédiges même un brouillon avant. Tu le laisses dans ton sac à dos. Tu l'emportes le matin vers ton labo. Tu laisses les feuilles près de ta tasse à café.
J'ai retrouvé cette lettre.
Et j'ai ri.
*
Beware. You'ge got a gun pointing right at you. Pay attention. Be careful. It's shooting water. Look well. It might burn you out.
*
Quelle beauté!... quand elle plie le linge.
13:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17 novembre 2007
Samedi
Levée à 7h. Je marche dans un couloir gris. Ce n'est pas un couloir. C'est la rue. Pourquoi est-elle devenue si étroite? Est-ce mes yeux? Ma vue se rétrécit-elle? Et pourquoi?
Les vaches broutent.
La grève continue.
Plus tard je regarde, en levant la tête, des avions passer dans le ciel. Ils passent. Lentement. L'enfant à ma gauche, debout sur un banc, bonnet enfoncé, écharpe nouée au cou comme une cravate absurde, l'enfant debout sur un banc, parle. "On dirait un dessin en marche". Certes. Je hoche la tête en signe d'acquiescement. L'enfant bavarde en silence en se mangeant un ongle. La ligne continue. L'avion vole en pointillés sur, sous, dans les nuages. - Hop - Il la disparu. La ligne reste. Encéphalogramme plat sur gris laiteux.
*
Ma chambre à B. Deux lits. Un long bureau lourd, insupportable à transporter. Le bureau a fini dans un garage, je ne sais où. J'avais gravé des mots dessus. Je n'en ai pas fait la liste. E. les lisait quand il passait à l'appartement.
E. aimait les grillages, ceux qu'on découpe avec un outil. E. aimait le fer entortillé. Souple et rigide à la fois.
Il se promenait dans B., tout sourire, avec une pince coupante dans la poche de son jean's. De loin on aurait dit la corne d'un rhinocéros ou le crochet du capitaine du même nom.
*
Résonnance.
*
Les sons d'ordinateur dans les films de Kubrick.
On ressentait une étrange fascination pour l'intelligence artificielle. Une inquiétude aussi sur ce qu'elle pouvait représenter pour soi et pour le monde.
On buvait du coca devant une baie vitrée, dans un salon immaculé, assis dans un canapé en cuir, les pieds ne touchant pas le sol, les jambes nues scotchées l'une contre l'autre.
2001 l'odyssé de l'espace passait sur l'écran du téléviseur.
La chaîne hi-fi restait allumée.
Je fixais le balcon, les plantes, le bar, les bouteilles vides en cristal.
Je voyais les étagères en verres, la bibliothèque avec les photos, les bibelots, l'horloge, les souvenirs, le flacon de parfum.
L'ordinateur parlait.
Pixels verts. Carrés fluorescents sur fond noir.
Et le coca rongeait mes dents.
*
Toujours assise au milieu.
En chemisier.
Trousse en toile.
Je me souviens qu'il y avait des baguettes dedans, coupées en deux, taillées en biseau.
Dans son penditif, un portrait de Henri III.
12:29 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11 novembre 2007
CHROMATICS - In the City
15:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DIMANCHE
Ublog ferme.
On erre.
On trouve un ailleurs ici.
Voilà.
15:03 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Dimanche
Leur maquillage étalé par couches épaisses, je me souviens des soirées d'anniversaire ailleurs, et des gamines qui voulaient faire plus que leur âge et qui chantaient if you leave du film Pretty in Pink. Le coca était toujours tiède pour celui qui restait contre un mur à regarder les autres danser.
*
La piscine de B. Haut. Luc faisait des plongeons arrière. Il laissait ses lunettes de myope sur le plongeoir. Elles l'attendaient posées à la verticale du soleil.
*
Khader avait une suzuki bleu turquoise pâlie par le soleil. Une cinq portes qui faisait sa fierté. Il avait des ray-ban sur le tableau de bord et des photos de sa mère dans la boîte à gants. Khader nous apprenait l'anglais: ass hole, fuck, ce genre de choses. Du langage ethnique, pour se sortir de toutes les situations, ou y entrer selon. Khader lançait une pièce en l'air: la vie choisit comme ça, il souriait l'air entendu. On était impressionnés, collés au pare-brise comme des mouches; la musique nous arrivait assourdie, comme un écho malade.
*
L'horizon reculait encore et encore. Les picks up filaient le long d'une route large, des étendues sur chaque bord, les mêmes à gauche comme à droite, plates comme les paumes, du sable à perte de vue; la mer était toujours introuvable quand les caravanes d'expatriés étaient escortés par les nuages et cherchaient des trésors imaginaires.
*
L'enfance. Les mots fléchés et la cigarette que tu fumes. Tes souvenirs format A5. Ta casquette vissée sur la tête. Tu baîlles pendant qu'un blog musical dégueule des hymnes de scouts sous mon casque. Bruit sur bruit, parce que le silence, avec toi, n'est pas assourdissant.
*
C'est ça l'Afrique!. L'autre me dit cela en criant dans une boîte de nuit. Un titre de Mory Kante remixé me casse les pieds. Apparement ça la bouleverse: la rencontre des cultures musicales, dit-elle. Un nouveau dialogue, rajoute t-elle. C'était il y a longtemps. Je ne disais rien. S. me soufflait à l'oreille qu'on pourrait gagner un fric de dingues en élévant des flamands roses.
15:01 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note















