29 novembre 2009
Dimanche
je vois qui se détourne de moi un souvenir qui s'efface peu à peu et laisse la silhouette de monasteres et d'abbayes où flottent des notes de musique au loin une île disparaît comme si elle n'avait jamais existé et le brouillard enfui devient pareil à des perles d'eau glacées sur les hauteurs encore trop loin où je ne vois rien et cette chute maintenant un vertige à l'envers la vitesse qui rompt les liens de la gravité et je plonge tout à pic mais ne vois jamais où je tombe mes mains s'accrochent à mon coeur et à ma tête sans aucun cri qui sorte de ma bouche de mon sang ... je sens l'eau contre ma peau le froid le noir le silence l'absence le retrait l'impuissance et dans cette impuissance une certaine liberté fragile les hommes sont des mensonges les femmes sont des songes les rôles les drôles les icônes de scène sur les planches et la foule assoupie de joie hurle un cri semblable à une prière pour une nuit une seule j'aurais tous les hommes et toutes les femmes pour un jour pour un seul j'aurais tous les dons dans le creux de mes mains et au matin déjà le matin j'aurais toutes les solitudes
je ne crois qu'un peu seulement à la séduction et ses charmes laissent souvent un goût de regret dans le coeur l'envie de quelque chose de vrai qui vous ancre à terre sinon c'est la dérive sans rien qui vous retienne que des mots que des mots des mots sots et insolents des beaux mots des grands mots des mots subtils pour dire qu'ils sont fragiles et qu'ils mentent rien qu'un peu juste assez pour que vous disiez merci mais non, non je ne sais plus jouer à ce jeu-là
les peintres sont des voyants comme les danseurs comme les musiciens
18:33 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
24 novembre 2009
Mardi
Il y a longtemps, quelqu'un m'a prêté un livre dont j'ai presque tout oublié du contenu précis mais dont le titre m'est resté toutes ces années: l'étonnement philosphique de Jeanne Hersch, une philosophe suisse. C'est le mot "d'étonnement" que j'aime. C'est qu'il dit une manière de voir le monde dont je suis proche. L'étonné n'est pas dans le doute ni dans la crédulité parce que l'étonnement, je crois, se trouve entre ces deux bords. C'est un acte d'ouverture. Ouverture sincère et constante.
Que devient l'étonné quand il trouve des réponses?
Il continue.
Une autre chose l'étonnera.
Le monde ne se clôt pas sur des réponses.
*
19:44 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22 novembre 2009
Dimanche
Dimanche, c'est dimanche, et il pleut ici de l'eau et de la nuit, des larmes de ciel que je regarde tomber et qui me donnent froid.
Lecture du "Horla" de Maupassant. Recueil de nouvelles brèves, drôles et cruelles, certaines plus lumineuses qui me touchent sans que je sache dire pourquoi.
*
Vendredi, c'est vendredi, et la parole à la nuit tombée se libère d'une semaine où elle est sage et mesurée. Je parle, je parle, je monologue sans souci de structure mais avec l'envie de trouver dans ma parole la clarté qui me manque, la certitude qui viendrait comme un rayon de lumière puissant faire échec à des années de mots ensevelis qui m'ont fait oublier qui je suis.
*
Samedi, c'est samedi et Paris est envahi par des piétons aguerris qui s'enfoncent dans la nuit comme des guerriers. Beaubourg illuminée. Le Marais empagaillée par des poussettes, par des couples, par des solitaires, tous et toutes assombris par le noir qui tombe, leur haleine faisant des nuages qui rejoignent les autres nuages plus haut dans le ciel.
Une amie me dit: à Paris il y a plus de morts que d'habitants...
A Paris, il y aussi des artistes qui vous redonnent la vie.
*
Hervé Guibert était -oui- sans compassion pour le monde. Il avait cet orgueil là. Et c'est étrange qu'un de ses romans les plus intimes porte le titre du "Protocole Compassionnel".
Guibert l'insolent? Guibert le fou?
Heureux ceux à qui l'ont a fait porter tous les masques, du plus cruel au plus beau.
La liberté leur demeure de vivre pour eux même à l'abri des regards trop curieux...
*
Vendredi, samedi, dimanche...le week end se termine.
Qu'importe puisque tu es là
18:15 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07 novembre 2009
Samedi
Elle est douce cette musique.
Elle est là.
Elle passe et je l'entends.
A chaque fois la même, mêlée à des idées, sentiments liés.
Ce mélange me remplit et je ne sais pas dire pourquoi.
C'est quelque chose d'inexplicable.
Quand des mots touchent vos mots.
Quand vous êtes deviné.
Ce n'est qu'à vous.
Si cela ne s'exprime pas ni ne s'explique, alors tant mieux.
Peut-être.
*
Je traverse les couloirs de ce centre commercial.
Lumières et marchandises.
Et tant d'humains qui errent, perdus dans cette multitude d'objets qu'on croit si essentiels.
La solitude c'est de se trouver invisible au milieu des autres.
Sans être vu, sans être entendu que par soi.
Mes yeux ne s'attachent à rien.
Il y a des conversations, des poussettes, des enfants qui crient.
Il y a une mère qui pousse son fils adulte dans un fauteuil.
Lui, ses doigts s'agrippent à un DVD sur la légion.
Un écran diffuse le teaser d'un jeu vidéo sur un assassin dans la rome de la Renaissance.
Où suis-je?
On écrit des films sur l'apocalypse, sur la fin du monde, et nous?
Nous, que sommes nous devenus?
Des esclaves du temple de la consommation.
C'est presque drôle.
De se voir courir, de se voir prendre des livres, des disques, comme des paquets de lessive, des pommes tombées d'un arbre.
Et si tout cela était gratuit?
Il y en a tant. A qui ça manquera?
Mais non.
La vie revient.
Les contraintes, les besoins, ceux des autres, ceux du monde.
Il faut bien être là, s'efforcer...
Je rentre. J'étais dans un rêve: escalator, boutiques souterraines, affichages...
Ce n'était pas un cauchemar.
C'était un voyage.
Il y en a des pires.
13:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









